Dans l'un des villages où  l’ONG Plan International Mali intervient avec ses partenaires locaux pour lutter contre l'excision.
Dans l'un des villages où l’ONG Plan International Mali intervient avec ses partenaires locaux pour lutter contre l'excision. - Plan International
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« Quand on parle d’excision, il faut savoir exactement ce que c’est, sinon on ne peut pas percevoir la gravité de cette pratique. » A 60 ans, Madina Bocoum sait parfaitement bien de quoi elle parle. Coordinatrice du projet de lutte contre l’excision pour l’ONG Plan International Mali, elle sensibilise depuis 15 ans la société civile à ce sujet qui la touche particulièrement.

« Nous essayons de comprendre cette pratique traditionnelle très ancienne pour pouvoir y apporter des contre-arguments et amener les communautés à la refuser. » Avec les ONG locales, différents vecteurs de sensibilisation (discussions, programme radio, théâtre, visites à domicile…) sont mis en place pour combattre les déterminants socioculturels qui incitent les mères à laisser perdurer cette pratique. « Nous luttons par exemple contre certaines croyances, comme celle qui affirme que toucher le clitoris pendant les relations sexuelles rend le mari impuissant », explique-t-elle.

Et elle n’hésite pas à diffuser des vidéos montrant la réalité de la pratique aux mères lorsqu’elles le lui demandent. « Ce sont des images très choquantes, mais qui ne peuvent qu’amener les gens à s’engager dans la lutte. Une maman ne fait pas volontairement du mal à son enfant, elle le fait car elle ignore les complications et les conséquences néfastes de cette pratique. » Parmi elles, outre les risques immédiats (hémorragie, décès), douleur, incontinence urinaire, il y a les risques lors de la grossesse ou à l’accouchement, les difficultés psychologiques…

« Douleurs insoutenables »

Madina Bocoum l'a vécu. Elle est née à Kayes, dans l’ouest du Mali, près de la frontière avec le Sénégal, dans une famille où les mutilations génitales féminines étaient la règle, « et notamment la pratique la plus grave, l’infibulation ». Si elle ne se souvient plus de l’âge auquel elle l’a subie, elle se remémore parfaitement les « difficultés » et les « douleurs insoutenables » ressenties à la puberté. « C’était tellement douloureux que je ne pouvais pas aller à l’école. Or, j’étais la première fille de ma famille à être scolarisée. Si j’arrêtais, je savais que les suivantes n’iraient pas. Alors je me suis battu contre la douleur chaque mois. » Mais elle n’a pas fait le lien avec l’excision.

Ce n’est qu’au moment de son mariage -qu’elle ne pouvait pas consommer sans une intervention pour être désinfibulée- qu’elle a compris. « On ne peut pas avoir idée du choc psychologique, de la douleur qu’on ressent après cette nouvelle intervention et lors de son premier rapport sexuel, pratiqué le soir même. Ce sont des choses que l’on traîne toute sa vie. » Dès lors, elle comprend que c’est une pratique « qui ne doit pas être faite à d’autres », et commence à essayer de persuader les femmes de sa famille de la refuser.

Après avoir eu six enfants et obtenu un DESS Administration Economique et Sociale (AES) à l’université d’Aix-Marseille 2, et alors qu’elle travaillait à la direction de l’action sociale malienne, elle est engagée en 1998 comme assistante au sein du programme de lutte contre le Sida de Plan. « J’ai commencé à travailler sur ce volet, qui contenait aussi des sujets tels que la planification familiale, la maternité sans risque, ou l’excision. C’est là que la petite campagne que je menais personnellement s’est formalisée. »

Vers une loi interdisant l’excision ?

Mais, si aujourd’hui sa famille l’écoute et l’appuie dans son travail, les débuts ont été plus difficiles. « Au départ, ma mère ne voulait pas que je m’implique dans ce combat car “une fille issue d’une bonne famille ne parle pas de ces choses-là “. Mais je suis fière d’avoir réussi à la convaincre avant son décès ». Son père, lui aussi décédé, la soutenait également : « C’est grâce à lui que je suis allée à l’école. J’étais sa fierté. Il me citait toujours en exemple pour inciter les autres filles à étudier. »

Aujourdh’hui, « beaucoup de choses ont changé au Mali. Le débat est désormais ouvert et accepté partout ». Mais le contexte sécuritaire a fait reculer la date de mise en œuvre d’une loi interdisant l’excision dans le pays, comme c’est déjà le cas en France. Pourtant, Madina continue son combat au sein de la société civile pour que, quand la loi arrivera, elle soit vraiment mise en application. « De plus en plus, les gens sont conscients du danger. Une mère ne peut plus dire qu’elle ne savait pas. Mais il y a encore des villages qui n’ont jamais bénéficié d’action de sensibilisation, car la couverture géographique n’est pas totale. C’est pourquoi je dis que ce sera le combat de ma vie. Je veux aller au bout. Il faut toujours continuer à informer. »

A ce jour, 74 villages ont signé un engagement public d’abandon des mutilations féminines et ont mis en place des comités de surveillance pour s’assurer du respect de cette décision.

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