Au camp de Kanjiža, en Serbie, les réfugiés restent quelques jours, parfois quelques heures avant de reprendre le route, direction la Hongrie.
Au camp de Kanjiža, en Serbie, les réfugiés restent quelques jours, parfois quelques heures avant de reprendre le route, direction la Hongrie. - Hélène Sergent

Le chiffre est conséquent et pourrait pourtant être sous-évalué. Selon Brian Donald, responsable chez Europol, l’agence européenne de coordination policière, près de 10.000 enfants migrants non accompagnés ont disparu en Europe sur les 18 à 24 derniers mois. En 2015, un million de migrants seraient arrivés en Europe, parmi eux des Syriens, des Irakiens et des Erythréens fuyant la guerre. 27 % d’entre eux seraient mineurs, soit près de 300.000 enfants. Si tous ne voyagent pas seuls, a tenu à rappeler Brian Donald, une grande partie seraient livrés à eux-mêmes.

Les mineurs exposés aux réseaux mafieux

Pour Leonard Doyle, porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), cette situation découle d’un manque de coopération entre les Etats européens : « Les problèmes de fonctionnement internes en Europe encouragent les réfugiés à passer très vite d’un pays à un autre. De plus les centres d’enregistrement sont ouverts et peu surveillés, les mineurs peuvent être en contact avec n’importe qui. »

Par « n’importe qui », le porte-parole entend, notamment, avec les réseaux mafieux. Olivier Peyroux, sociologue et auteur d’une étude sur « La traite des êtres humains dans les situations de conflit » pour Caritas, il faut distinguer les réseaux de passeurs, très organisés, à l’image des narcotrafiquants, et les formes d’exploitation individuelles, moins structurées.

« Certains mineurs vont être réquisitionnés pour servir de '"mules" et transporter de la drogue, d’autres vont être contraints de travailler et certaines jeunes filles vont être mariées avec l’accord de leur famille, notamment en Turquie, pensant ainsi les mettre à l’abri, mais les exposant en fait à une situation d’exploitation sexuelle », détaille-t-il.

Des enfants qui passent entre les mailles du filet 

Si certains arrivent seuls, d’autres perdent leur accompagnateur – un oncle, une tante, un ami de la famille – en cours de route et s’exposent davantage aux réseaux criminels. Mais le chiffre de 10.000 enfants disparus s’explique également par la législation propre aux Etats européens.

« En Allemagne, les réfugiés doivent s’inscrire dans un centre de demandeurs d’asile. Lorsqu’ils sont affiliés à un centre, ils sont contraints de rester dans une zone géographique délimitée. Or beaucoup d’enfants souhaitent rejoindre un membre de la famille qui se trouve déjà dans le pays, mais pas forcément dans la zone du centre auquel ils sont affiliés. Ils disparaissent alors des radars », explique Olivier Peyroux.

Pas de politique d’Etat 

Si les chiffres publiés par Europol n’ont rien de nouveau, dénoncent plusieurs associations, ils ont le mérite de « réveiller un certain nombre de consciences endormies », assure Pierre Henry, directeur général de France-Terre d'asile.

Au-delà du constat alarmant, Olivier Peyroux s’inquiète du manque d’ambition des politiques de protection des mineurs réfugiés : « Sur ces enfants, on a très peu d’information, on ne sait pas combien ils sont exactement et on ne connaît pas bien les risques auxquels ils sont exposés. La question de leur prise en charge et de leur protection est très peu abordée par les Etats, c’est une sorte de no man’s land ».

Un manque que tente de résorber le milieu associatif. En mars prochain, l’association Trajectoires, en partenariat avec l’Unicef Grande-Bretagne et le soutien de la Fondation EDF, devrait publier les conclusions d’une enquête sociologique sur les mineurs isolés étrangers (MIE) présents dans le Calaisis et dans la région Nord.

Mots-clés :