Concepcion Picciotto, alias Conchita, a réalisé un sit-in de plus de trois décennies devant la résidence du président des Etats-Unis
Concepcion Picciotto, alias Conchita, a réalisé un sit-in de plus de trois décennies devant la résidence du président des Etats-Unis - Charles Dharapak/AP/SIPA

C’était l’un des visages les plus connus des politiciens, des habitants et des touristes de Washington. Et pour cause : Concepcion Picciotto, alias « Conchita », a passé plus de 30 années devant la Maison Blanche, installée dans une tente de fortune pour protester contre la prolifération nucléaire.

Les visiteurs ne verront plus jamais son étrange perruque et son foulard : la militante est décédée lundi dans un centre géré par une ONG venant en aide aux femmes sans abris. Elle avait 80 ans. Le Washington Post précise que la cause de sa mort est inconnue. Seule certitude : la mobilisation de cette femme est l’acte de protestation politique le plus long dans l’histoire des Etats-Unis, rappelle le New York Times.

« Elle pensait être la cible d’une bande de conspirationnistes »

Silhouette familière pour tous ceux qui travaillent au 1600 Pennsylvania avenue, Conchita échangeait régulièrement avec les touristes, souvent perplexes face à ses propos un peu confus sur les nombreuses causes qui lui tenaient à cœur. En 2013, elle avait expliqué au Washington Post vouloir, par sa présence, rappeler aux politiques leur devoir de prendre toutes les mesures, même minimes, pour arrêter les guerres et la violence, en particulier contre les enfants. Si certains louaient son combat, d’autres remettaient en cause sa santé mentale.

Espagnole naturalisée Américaine, Concepcion Picciotto avait travaillé à New York comme interprète pour les Nations unies et pour le bureau commercial de l’ambassade espagnole. C’est à cette période qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, un Italien avec lequel elle adopte une enfant. Mais dans les années 1970, le couple divorce et Conchita perd la garde de sa fille.

Elle rejoint alors la capitale américaine. « Elle pensait être la cible d’une bande de conspirationnistes impliquant des médecins, des avocats et le gouvernement et espérait que les élus pourraient l’aider à récupérer sa fille », détaille le Washington Post. Mais cela ne s’est jamais produit. Après quelque temps, Concepcion Picciotto décide de se battre pour aider les autres enfants et s’installe sur le trottoir de Lafayette Square, devant la Maison Blanche.

Localisation de Pennsylvania avenue, à Lafayette Square, face à la Maison Blanche (Etats-Unis). - Capture Google Map

Une apparition dans un film de Michael Moore

Elle ne mène pas sa lutte seule, mais aux côtés de deux militants : William Thomas, « un vagabond philosophe et militant pour la paix », comme il se décrivait lui-même – il est décédé en 2009 – et Ellen Benjamin. En 1993, le trio réalise son coup de force quand sa pétition pour le désarmement nucléaire aboutit à une initiative de vote adoptée par les électeurs du district. Transformé en projet de loi, le texte n’a toutefois jamais atteint le plancher pour un vote au Congrès.

Concepcion Picciotto a connu un autre moment de gloire : son apparition dans « Fahrenheit 9/11 », un documentaire critique de Michael Moore sur la guerre du président George W. Bush contre le terrorisme. Elle n’a cependant jamais été reçue à la Maison Blanche. Et si elle a vu se succéder cinq présidents, elle assure qu’aucun d’entre eux n’est jamais venu la saluer.

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