L'ancien président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, le 19 février 2013, lors d'une audience préliminaire devant la Cour pénale internationale.
L'ancien président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, le 19 février 2013, lors d'une audience préliminaire devant la Cour pénale internationale. - AFP

Il sera le premier ex-chef d’Etat poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI). Laurent Gbagbo comparaît à partir de ce jeudi 9 h 30 à La Haye (Pays-Bas) dans un procès qui devrait durer entre trois et quatre ans.

L’ancien président de la Côte d’Ivoire, âgé de 70 ans, et son coaccusé Charles Blé Goudé, 44 ans, ancien chef de milice, doivent répondre de crimes contre l’humanité : meurtres, viols, actes inhumains et persécutions commis fin 2010. Une crise avait alors éclaté après le refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à Alassane Ouattara à l’issue de l’élection présidentielle.

Les violences avaient fait plus de 3 000 morts en cinq mois et Laurent Gbagbo avait finalement été arrêté en avril 2011 après plusieurs jours de bombardements de la force française Licorne. Jugée en Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo, épouse de Laurent, a été condamnée à 20 ans de prison pour son rôle dans la crise, en compagnie de 78 autres personnes.

138 témoins, 5 300 preuves

Les procédures concernant son mari ont reconnu 726 victimes. L’accusation assure disposer de 138 témoins, qui ne seront pas tous appelés en audience. Elle va présenter plus de 5 300 éléments de preuve et axer son dossier sur quelques attaques « représentatives ». Ces attaques au caractère « généralisé » et « systématique » étaient dirigées contre « des communautés ethniques ou religieuses spécifiques », assure l’accusation dans un document reprenant les charges.

L’ex-président ivoirien est accusé d’avoir fomenté une campagne de violences pour tenter, en vain, de conserver le pouvoir. Charles Blé Goudé aurait, lui, été à la tête d’hommes ayant tué et violé des centaines de personnes dans le but de maintenir l’ex-chef de l’Etat au pouvoir.

« Complot »

Mais pour le camp Gbagbo, l'ancien président est un chantre du multipartisme et la France, ancienne puissance coloniale, est derrière le « complot » qui a entraîné la chute de ce farouche nationaliste.

« L’objectif de cette procédure est de faire éclater la vérité pour que justice soit rendue aux victimes et d’empêcher que d’autres crimes de masse ne soient commis », a déclaré la procureure Fatou Bensouda, lors d’une conférence de presse mercredi.

L’avocat de Laurent Gbagbo, Emmanuel Altit, a rétorqué que son client aborde son procès « avec confiance » et « veut que la vérité, toute la vérité soit dite, pour que les Ivoiriens puissent se réapproprier leur propre histoire ».

L’avocat de Charles Blé Goudé, Geert-Jan Knoops, a déclaré que son client est « un homme de paix ».

Aucun membre du camp Ouattara n’a encore été inquiété par la CPI, ce qui lui vaut parfois d’être taxée de « justice des vainqueurs », mais le bureau du procureur a promis d’intensifier son travail sur cette enquête.

 

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