Tsai Ing-wen, candidate de l'opposition, a remporté la présidentielle taïwanaise le 16 janvier 2016.
Tsai Ing-wen, candidate de l'opposition, a remporté la présidentielle taïwanaise le 16 janvier 2016. - Mitsuru Tamura/AP/SIPA

Elle vient à peine d'être élue que se profilent de nouvelles tensions avec la Chine continentale. Tsai Ing-wen, devenue samedi la première femme présidente de Taïwan, a infligé une défaite cinglante au parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), favorable au rapprochement avec Pékin. Cette élection «représente un défi sérieux pour les relations de part et d'autre du détroit de Taïwan» et «soulève des inquiétudes», a réagi la Chine.

En portant au pouvoir cette ancienne universitaire de 59 ans, les Taïwanais ont voulu balayer les huit dernières années, au cours desquelles s'est opéré un rapprochement inédit avec la Chine continentale.

«De nouveaux troubles sont à prévoir»

«C'est un séisme politique», estime Jean-Pierre Cabestan, un spécialiste de Taïwan de l'Université baptiste de Hong Kong. «Je ne crois pas que Pékin réagira rapidement, mais de nouveaux troubles sont à prévoir.» «Il serait surprenant que (le président chinois) Xi Jinping, qui a fait preuve de fermeté avec le monde entier, ne se montre pas également ferme avec Taïwan», poursuit-il, tout en ajoutant que l'attitude de Pékin dépendra de celle de Tsai Ing-wen, mais également de Washington, principal allié de Taipei. La Chine a d'ores et déjà réagi en avertissant qu'elle s'opposerait résolument à toute velléité d'indépendance de Taïwan.

Scène de liesse après l'élection de la candidate de l'opposition à la présidence taïwanaise, le 16 janvier 2016. - Nicolas Datiche/SIPA

L'île, anciennement appellée Formose, suit son propre chemin depuis 1949, année où les nationalistes du KMT s'y étaient réfugiés après avoir été vaincus par les communistes. La Chine considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire qu'elle peut reprendre par la force le cas échéant. L'île n'est jamais allée jusqu'à proclamer son indépendance. Un consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei veut qu'il n'y ait qu'«une seule Chine» et laisse à chaque partie le loisir d'interpréter cela comme elle l'entend.

Sauf que le PDP -qui a déjà donné un président à l'île entre 2000 et 2008- n'a jamais reconnu ce consensus. Signe de son pragmatisme, la nouvelle présidente a pris soin avant son élection de souligner que le statu quo serait maintenu, bien consciente de ce qu'une majorité d'électeurs, bien qu'hostiles à un rapprochement excessif avec Pékin, ne veulent pas non plus la confrontation.

Un sympatisant du parti d'opposition taïwanais brandit un panneau où est dessinée la solhouette de l'île, à Taipei le 15 janvier 2016. - Nicolas Datiche/SIPA

Mais si elle a réaffirmé samedi son souhait de relations pacifiques entre les deux rives du détroit de Formose, elle a aussi affirmé à ses partisans survoltés que Taipei ne se laisserait pas intimider. «Ce qu'elle leur a dit, c'est qu'elle était prête à promouvoir la stabilité dans les relations avec la Chine, mais seulement si Pékin se gardait de toute menace de coercition et de toute tentative de resserrer l'étau diplomatique autour de Taïwan», a déclaré John Ciorciari, professeur de sciences politiques à l'Université du Michigan.

Le drapeau qui fâche

Signe des tensions avec la Chine, Chou Tzu-yu, une chanteuse taïwanaise de K-pop de 16 ans, a été contrainte de présenter ses excuses pour avoir agité le drapeau taïwanais et déplu à des internautes chinois. Cette vidéo d'excuses avait été vue plus de 2,6 millions de fois samedi quelques heures après sa publication. Dans son discours de victoire, la nouvelle présidente a vu cette affaire comme «un rappel constant de l'importance d'être forts et unis».

«Cet incident (...) a fait remonter les vieilles rancoeurs à l'égard de la Chine», observe George Tsai, politoloque à l'Université de la culture chinoise de Taipei. «Il a probablement coûté au KMT des centaines de milliers de voix».

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