L'hôtel Splendid à Ouagadougou, au Burkina Faso, a été attaqué par des djihadistes le 15 janvier 2016.
L'hôtel Splendid à Ouagadougou, au Burkina Faso, a été attaqué par des djihadistes le 15 janvier 2016. - AP/SIPA

Un commando djihadiste a mené vendredi soir une attaque sanglante sur un restaurant et un hôtel de Ouagadougou fréquentés par des Occidentaux, faisant au moins 23 morts et prenant des otages, une opération qualifiée de « terroriste » par la France et revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique moins de deux mois après une attaque similaire au Mali. 20 Minutes fait le point, alors qu'un des assauts lancés par les forces de sécurité est toujours en cours.

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Où en sont les assauts ?

Les assauts contre l'hôtel Splendid et le restaurant Cappuccino sont terminés. Juste avant 2h locales (3h, heure française) « l’assaut a commencé » sur l’hôtel Splendid, établissement de luxe du centre de la capitale burkinabè où plusieurs assaillants étaient retranchés, a tweeté l’ambassadeur de France, Gilles Thibault. « Les différentes composantes des forces armées et de sécurité se sont réparti les missions », a-t-il indiqué, alors que des militaires français étaient notamment sur les lieux.

Des forces spéciales françaises sont stationnées en banlieue de Ouagadougou dans le cadre de la lutte anti-jihadiste dans le Sahel. Washington dispose également de 75 militaires dans le pays, et a indiqué apporter un soutien aux forces françaises dans l’opération. Les pompiers ont réussi a maitriser un incendie qui s’était déclaré dans le hall de l’hôtel, dans lequel se trouvaient un nombre inconnu de clients et membres du personnel.

En tout, 126 personnes auraient été sorties de l’hôtel et du restaurant, parmi lesquelles le ministre de la Fonction publique burkinabè Clément Sawadogo. Il y aurait trente-trois blessés de différentes nationalités, dont des Français, selon une journaliste sur place. Un autre assaut est toujours en cours en face de l'hôtel Splendid, à l'hôtel Yibi, dans lequel des assaillants se seraient retranchés.

Qui sont les victimes ?

Le directeur du principal hôpital de Ouagadougou a fait état d’un premier bilan global d’au moins 23 morts, mais celui-ci pourrait être en réalité bien plus lourd. Le directeur de l’hôpital a cité une blessée selon laquelle il y avait parmi les morts « plus de Blancs que de Noirs ». Par ailleurs, les sapeurs-pompiers sur place auraient vu une dizaine de cadavres sur la terrasse du Cappuccino, très prisé le soir.

Qui sont les assaillants ?

Un journaliste de l’Agence France Presse a pu distinguer au début de l’attaque trois hommes armés et enturbannés, un témoin indiquant de son côté avoir vu quatre assaillants « enturbannés et de type arabe ou blanc ».

L’attaque a été revendiquée par le groupe jihadiste Aqmi, qui l’a attribuée au groupe islamiste Al-Mourabitoune du chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar, selon SITE, une organisation américaine qui surveille les sites Internet islamistes.

Pour le spécialiste des groupes djihadistes Romain Caillet, interviewé sur France Info, c’est la France qui était visée. Le consultant, qui analyse l’interview audio d’un assaillant diffusée par Aqmi, explique que « dès le départ », il est question de « venger le prophète. Ça fait référence à Charlie Hebdo », selon lui. « Et la France revient une deuxième fois puisque le responsable médias d’Aqmi suggère [à l’assaillant] un message pour la France. Et l’autre rétorque des menaces. »

Comment l’attaque s’est-elle déroulée ?

C’est vers 19h45 locales (20h45, heure de Paris) que des tirs nourris et des détonations ont éclaté dans le secteur de l’hôtel Splendid, un établissement du centre de Ouagadougou prisé par les Occidentaux. Le Splendid, qui compte 147 chambres, est fréquemment utilisé par des Occidentaux et par du personnel des agences onusiennes. Le commando a également visé un restaurant voisin, le Cappuccino, lui aussi prisé de la clientèle expatriée, dont l’attaque a fait « plusieurs morts », selon un employé.

Quels sont les précédents à Ouagadougou et au Burkina ?

Cette attaque est inédite dans la capitale burkinabè. Elle constitue un défi pour le pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, récemment élu après une transition souvent chaotique à la tête de ce pays à la population majoritairement musulmane (60 %).

Le Burkina, « point d’appui permanent » de l’opération française Barkhane, a par contre déjà été la cible d’opérations djihadistes. Une première attaque avait d’ailleurs eu lieu vendredi après-midi dans le nord du pays, près de la frontière malienne, au cours de laquelle un gendarme et un civil ont été tués, a indiqué dans la soirée l’armée burkinabè.

Plusieurs attaques de ce type ont eu lieu ces derniers mois, et en avril dernier, le chef de sécurité roumain de la mine de manganèse de Tambao (nord), a été enlevé, action revendiquée par Al-Mourabitoune.

Quelles sont les similitudes avec l’attaque de novembre au Mali ?

L’opération de vendredi survient un peu moins de deux mois après celle de l’hôtel Radisson Blu à Bamako. Le 20 novembre, une attaque djihadiste avait fait 20 morts dont 14 étrangers dans la capitale malienne, où des hommes armés avaient retenu en otage pendant plusieurs heures environ 150 clients et employés, avant une intervention des forces maliennes, appuyées par des forces spéciales françaises et américaines et des agents de l’ONU. Deux assaillants avaient été tués.

L’opération de Bamako a été revendiquée par deux groupes djihadistes : le 20 novembre par Al-Mourabitoune et le 22 novembre par le Front de libération du Macina (FLM, mouvement djihadiste malien). Après ces attaques, les services consulaires français au Burkina avaient étendu la « zone rouge » déconseillée aux voyageurs à une large partie du Burkina sans y faire figurer Ouagadougou. Elles avaient toutefois conseillé des mesures de prudence, des sources sécuritaires évoquant l’hypothèse d’une attaque jihadiste dans la région.

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