Le taux de pauvreté a légèrement baissé en 2013 en France pour s'établir à 14% de la population, contre 14,3% un an plus tôt
Le taux de pauvreté a légèrement baissé en 2013 en France pour s'établir à 14% de la population, contre 14,3% un an plus tôt - Joel Saget AFP

Ils sont 62 à détenir autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes. Le rapport d’Oxfam publié ce lundi révèle des inégalités croissantes dans le monde. Pour la sociologue Marie Duru-Bellat, auteur de Pour une planète équitable, L’urgence d’une justice globale (ed. Seuil-La République des idées), ces inégalités de revenus peuvent avoir de graves conséquences sociales.

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Quelles conséquences sociales peuvent avoir de telles inégalités de richesse au niveau mondial ?

On a beaucoup étudié les conséquences des inégalités à l’intérieur des pays, on sait notamment qu’un niveau élevé d’inégalités entraine en général plus de violence, plus de stress car on passe son temps à se comparer, on est même plus malade à cause de ce stress. On a aussi constaté que la démocratie fonctionnait moins bien car les élites au pouvoir ne perçoivent même pas les problèmes des plus pauvres. Est-ce que cela peut aussi être lié aux inégalités mondiales ? On ne peut que faire des hypothèses. Sur le plan économique, on est toutefois forcé d’observer que dès lors qu’il y a des inégalités de pouvoirs d’achat et de revenus entre pays, les plus riches vont faire fabriquer leurs objets dans les pays pauvres qui de ce fait négligent leur marché intérieur, leurs consommateurs et les conditions de travail. Parallèlement, dans les pays riches, on a des chaussettes pas chères mais on a délocalisé toute l’industrie de l’habillement et donc on a créé du chômage.

La violence et la montée des extrémismes peuvent-elles être liées aux inégalités au niveau mondial ?

Il y a évidemment des migrations économiques qui viennent de ces inégalités, pour beaucoup d’habitants de pays pauvres la meilleure solution rationnelle est de partir. Il est plus difficile de dire si la montée du terrorisme est liée à ces inégalités, mais elles pourraient engendrer des dérives de ce type.

Les économistes avaient tendance à penser que les richesses permettaient d’en créer de nouvelles, est-ce toujours vrai ?

C’est ce qu’on appelle l’effet de ruissellement : les richesses des plus aisés finissent par toucher les plus pauvres. Or on voit depuis plusieurs années que les riches spéculent, que les pauvres ne peuvent plus rembourser leurs prêts, et beaucoup d’économistes ont remis en cause cette idée. Aujourd’hui, on ne voit pas comment la richesse des pays les plus riches profite aux plus pauvres, elle les pollue essentiellement !

L’ONG Oxfam appelle à une réponse politique. Quel type d’actions devrait être mis en œuvre pour réduire les inégalités ?

Agir sur les paradis fiscaux est une mesure prioritaire pour ramasser l’argent là où il est. Ces endroits drainent une quantité d’argent faramineuse avec lequel on aurait les moyens d’éradiquer la pauvreté. Il faut aussi que se développent des régulations internationales avec des instances dans lesquelles tous les pays sont représentés et peuvent dialoguer.

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