Capture d'écran du site du magazine Rolling Stone, qui a publié cette photo de Sean Penn avec le nacrotrafiquant mexicain.
Capture d'écran du site du magazine Rolling Stone, qui a publié cette photo de Sean Penn avec le nacrotrafiquant mexicain. - Sean Penn via Rolling Stone

C’est une rencontre improbable, un face-à-face entre l’acteur Sean Penn et le baron de la drogue mexicain « El Chapo », que le magazine Rolling Stone a diffusé samedi, quelques heures seulement après la capture du narcotrafiquant le plus recherché du monde. Après la parution de cette interview réalisée avec l’aide de l’actrice mexicaine Kate del Castillo, Mexico et Washington ont exprimé leur agacement. Sean Penn, habitué des rencontres polémiques, va-t-il payer cher son dernier coup d’éclat ?

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Interrogé par les autorités mexicaines

Les autorités mexicaines ont fait savoir qu’elles voulaient « bien sûr » entendre Sean Penn et Kate del Castillo « afin de déterminer les responsabilités » de chacun, a indiqué un responsable du gouvernement fédéral sous couvert d’anonymat. Un journaliste peut interviewer un trafiquant de drogue, or « ce ne sont pas des journalistes », a déclaré une autre source du gouvernement.

Mais la probabilité qu’ils fassent l’objet de poursuites judiciaires semble faible, selon l’avocat pénaliste Fernando Benitez. « Ils pourraient être accusés de dissimulation, ou de complicité, s’il est avéré qu’ils ont aidé à la préparation, la commission ou l’impunité d’un délit. Mais d’après les éléments dont nous disposons, rien ne permet de penser que c’est le cas. »

 

Sean Penn a rencontré Joaquin Guzman Loera, patron du cartel de Sinaloa, une seule fois en personne, en octobre 2015, alors que la police mexicaine était à ses trousses depuis son évasion de juillet. L’entrevue, organisée dans un lieu isolé et secret - une clairière en pleine jungle mexicaine - a duré sept heures. « Avait-il l’obligation de révéler des informations concernant son rendez-vous avec « El Chapo » ? Seulement si les autorités le lui demandaient », affirme Fernando Benitez. Sean Penn et Kate del Castillo pourraient toutefois être poursuivis pour avoir « ne pas avoir révélé à la police mexicaine le lieu où se trouvait le narcotrafiquant, estime l’avocat pénaliste Leopoldo Ángeles. Dissimuler le responsable d’un délit est passible d’une peine de trois mois à trois ans de prison », précise-t-il.

Sean Penn et Kate del Castillo pourraient toutefois être entendus en qualité de témoins. Mais ils pourraient alors invoquer le secret professionnel des journalistes pour ne pas répondre aux questions du juge. « Bien sûr, les enquêteurs pourraient les interroger pour leur demander qui les a menés au point de rendez-vous, où a eu lieu l’entretien. Mais maintenant qu’« El Chapo » a été arrêté, de tels éléments peuvent sembler anecdotiques. Il peut y avoir toutefois une volonté de faire pression sur eux, car le fait qu’ils aient eu accès à « El Chapo » alors que la police mexicaine le traquait donne une image assez ridicule du gouvernement », note l’avocat.

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La Maison-Blanche se dit « affligée »

Cette interview n’est pas non plus du goût des Etats-Unis, qui ont demandé l’extradition du célèbre narcotrafiquant. Le porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré qu’il était « affligé » par cette interview. Mais quand bien même certains soulignent que l’acteur n’est pas journaliste, un simple citoyen a le droit de rencontrer et de discuter avec un criminel, et même un baron de la drogue.

« Je doute que Sean Penn soit inquiété par la justice, affirme Marc Randazza, avocat spécialiste de la liberté de la presse. Aux Etats-Unis, aider un criminel après les faits peut faire de vous un complice. Une aide qui peut aller de conduire le fugitif d’un lieu à un autre, être malhonnête avec les autorités si elles vous interrogent, dissimuler des éléments pertinents par rapport à l’enquête à fournir un abri ou une aide matérielle au suspect. Personnellement, je n’aurais pas donné une cigarette à « El Chapo », blague l’avocat, je serais très, très prudent. Et j’imagine que Sean Penn l’a été aussi, en se renseignant auprès d’un avocat avant l’interview », ajoute-t-il.

Reste que l’acteur pourrait être convoqué par un tribunal américain en tant que témoin, si « El Chapo » est jugé aux Etats-Unis. Dans ce cas, il pourrait invoquer le secret des sources s’il le souhaite, mais le statut de cette exception varie selon les Etats.

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