Attentat en Tunisie: «Cibler la garde présidentielle, c’est une manière de défier l'Etat»

INTERVIEW Pour Beligh Nabli, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), ce nouvel attentat vise à empêcher la réussite de la transition démocratique…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Des policiers tunisiens sur l'avenue Mohamed V après l'attaque terroriste du 24/11/2015.

Des policiers tunisiens sur l'avenue Mohamed V après l'attaque terroriste du 24/11/2015. — FETHI BELAID / AFP

C’est la troisième attaque terroriste que la Tunisie subie depuis un an. Une explosion contre un bus de la sécurité présidentielle dans le centre-ville de Tunis a fait au moins 12 morts et 16 blessés ce mardi, selon un bilan provisoire. Beligh Nabli, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la Tunisie, analyse le contexte de ce nouveau drame.

Pourquoi la Tunisie a-t-elle été encore visée par une attaque terroriste ?

La Tunisie est le seul pays des révolutions arabes qui s’est inscrit sur la voie de la démocratie. Pour les djihadistes, elle est en voie de modélisation occidentale et défie leur islamisme rigoriste. La position géostratégique de la Tunisie la fragilise aussi. Des milices djihadistes présentes en Libye, parviennent sans mal à passer la frontière pour frapper. Et dans la région de Kasserine et du mont Chaambi (frontière algérienne), les salafo-djihadistes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) se sont ancrés et l’armée n’arrive pas à les déloger. Ils frappent aussi régulièrement.

Cette fois-ci la garde présidentielle a été visée. Quelle est la portée symbolique de cette cible ?

En Tunisie, les terroristes ont d’abord frappé les forces de sécurité et les Occidentaux. Pour l’instant, ils évitent les tueries de masse de civils. Cibler la garde présidentielle, c’est une manière de défier l’Etat en lui montrant qu’il peut être frappé en son coeur. Avec la double ambition de nourrir l’instabilité politique et économique, afin de ne pas laisser réussir l’expérience démocratique.

Les mesures de sécurité qui ont été prises par les autorités depuis les attentats du Bardo et de Sousse ont-elles été suffisantes ?

En dépit de la menace terroriste, les services de renseignements ont été défaillants jusqu’à l’attentat de Sousse. Il y a eu ensuite une prise de conscience politique. Les services de renseignement ont été renforcés, certains hauts fonctionnaires jugés défaillants ont été démis de leurs fonctions et la présence policière a été renforcée sur certaines portions du territoire. Mais alors que la Tunisie était efficace à neutraliser la menace terroriste dans les années Ben Ali, elle a du mal à faire face à cette menace diffuse aujourd’hui.

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Quelles sont les conséquences prévisibles de cet attentat pour le pays ?

Sur le plan économique, le tourisme était déjà en chute libre et le chômage en pleine expansion. La tendance va se renforcer d’autant que ce nouvel attentat risque d’avoir un impact sur les investissements étrangers. Il va aussi fragiliser la scène politique et affaiblir le gouvernement. Enfin, le moral des Tunisiens risque d’en pâtir car ils vont comprendre que la séquence terroriste, ouverte avec l’attentat du Bardo, risque d’être longue…