Raqqa (Syrie). Photo non datée de combattants de Daesh paradant dans les rues de Raqqa.
Raqqa (Syrie). Photo non datée de combattants de Daesh paradant dans les rues de Raqqa. - Uncredited/AP/SIPA

François Hollande l’a rappelé ce mercredi midi devant l’association des maires de France : Daesh, l’organisation terroriste qui a « décidé de nous mener la guerre » dispose non seulement d’une armée, mais aussi « de ressources financières, pétrolières ». Le groupe djihadiste est en effet à ce jour « l’organisation terroriste la plus puissante et la plus riche de tous les temps ». Son « trésor de guerre » est estimé à 2 000 milliards de dollars, et ses revenus annuels à 2,9 milliards de dollars, selon un rapport sur le financement de l’Etat islamique de 2013.

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Il a, à ses débuts, été financé par de riches mécènes des monarchies du Golfe, puis la prise de Mossoul, en juin 2014, et surtout de ses banques, lui a permis de faire entrer plusieurs milliards de dollars dans ses caisses. Le groupe a ensuite continué son expansion, plaçant sous son joug les populations, mais aussi des territoires gorgés de ressources naturelles. Au début de l’année, Jean-Charles Brisard, spécialiste du financement du terrorisme, expliquait à Challenges que « 82 % du financement de l’Etat islamique provient de ressources qui sont à sa disposition. Le pétrole représente 38 % de ses revenus, contre 17 % pour le gaz. »

Diversification

Mais ce n’est pas tout : pour se financer, Daesh multiplie également les activités criminelles : « trafic de cigarettes, de drogue, contrefaçon, faux papiers… », énumérait ainsi la spécialiste américaine des réseaux terroristes, Louise Shelley, à L’Obs, décrivant des revenus « extrêmement diversifiés ». En juin dernier, le documentaire d’Eric Declemy et Emanuel Creutze Daesh, Etat islamique : d’où proviennent les milliards des nouveaux barbares ?, mettait aussi en lumière cette diversité : pétrole donc, mais aussi coton (Daesh contrôle aujourd’hui 90 % des champs de coton syriens) et agriculture (le groupe possède 40 % de la production syrienne de blé et 53 % de la production d’orge en Irak), trafic d’antiquités, taxes multiples et extorsions auxquelles sont soumises les 10 millions de personnes vivant sous son contrôle.

Et, même si cette manne financière tend aujourd’hui à se tarir, Daesh faisant face à de nombreuses dépenses en lien avec la gestion de ces territoires (police, écoles, tribunaux, paiement des soldats, des imams, fourniture d’accès à l’eau, l’électricité, à la nourriture…), la multiplicité de canaux de financement complique les tentatives d’« assèchement », en lui permettant de compenser ses pertes.

« Un ensemble de mesures à prendre »

Louise Shelley indiquait ainsi que les revenus issus de la vente du Captagon, captée en partie par Daesh, contrebalancent la baisse des revenus issus du pétrole. Ces derniers sont en effet tellement en baisse que « même Daesh a du mal à fournir ses camions en carburant », souligne Alain Rodier, directeur de recherches au CF2R. Il précise que le groupe doit même « échanger aujourd’hui du pétrole brut contre du raffiné ».

En cause : les frappes américaines sur les infrastructures pétrolières (sites d’extraction, infrastructures mobiles, camions-citernes). Mais « ces frappes ne sont bien évidemment pas suffisantes pour stopper le trafic de pétrole », souligne Alain Rodier. Le spécialiste ajoute : « Il n’existe pas une solution, mais un ensemble de mesures à prendre » pour assécher les finances de Daesh.

Par exemple en empêchant l’argent du terrorisme de circuler. Comme le notait en février dernier Jean-Charles Brisard dans le documentaire de Jérôme Fritel et Stéphan Villeneuve, Daech, naissance d’un État terroriste, la vingtaine de banques contrôlées par le groupe « effectuent des transactions internationales » et ne sont pas sanctionnées. Il recommandait dans Challenges d’imposer un embargo sur les zones gouvernées par Daesh.

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