«Si les infirmières sont libérées, qui se souciera de la méthode?»

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Publié le 24 juillet 2007.

REVUE DE PRESSE – Alors que leur libération n’était pas connue, les éditorialistes français s'interrogent sur...

Alors même que la libération des infirmières et du médecin bulgares ne leur était pas connue, les éditorialistes français s'interrogent mardi matin sur le rôle du couple Sarkozy et de la diplomatie française dans les négociations avec la Libye.

Pour Didier Pobel, dans le «Dauphiné libéré», «qu'importe que ce soit ou non le rôle de telle ou telle personne d'intervenir, si elle permet que cesse au plus vite l'insoutenable attente des infirmières (…). Il sera bien temps après de réfléchir au nouveau statut qu'aura ainsi su se créer l'épouse du président de la République, quitte à déroger aux usages, à déranger le protocole et peut-être à bousculer la Constitution». «Là où celle qui la précédait se contentait un peu trop sans doute, à ses yeux, de collecter des pièces jaunes, la nouvelle venue entend prouver de façon claire qu'elle peut, elle, payer de sa personne», se réjouit-il.

«A la clef, le marché pétrolier»

Gilles Dauxerre, dans «La Provence», estime froidement qu'il y a «à la clef, le formidable marché pétrolier que recèle la Libye et les promesses d'achat de matériels militaires et civils». «En réglant ainsi la question des soignants bulgares, l'Europe et la Libye solderaient tous leurs contentieux. On pourra alors parler business. Quitte à être aussi cynique que les autres, États-Unis, Chine ou "partenaires" européens, autant que la France soit bien placée», fait-il valoir.

«La seule chose qui compte, c'est que les infirmières bulgares reviennent. Le reste n'est que secondaire», lance Pierre Taribo dans «L'Est Républicain» qui note toutefois qu'il «est permis de s'interroger» sur le rôle de Cécilia Sarkozy. «A quel titre intervient-elle dans ce dossier? Initiative privée? Démarche frappée du sceau de l'Etat?», s'interroge le journaliste qui conclut: «Si les infirmières bulgares sont libérées, qui se souciera de la méthode? Certainement pas l'opinion. Et c'est la carte que joue en permanence Nicolas Sarkozy».

«La place de la première dame de France?»

Interrogations similaires pour Dominique Gerbaud, dans «La Croix», qui «comprend mal la précipitation à Tripoli de Cécilia Sarkozy». «Les diplomates européens qui mènent, depuis des années, les négociations avec la Libye n'apprécient guère, et c'est une litote, l'activisme français au moment de la libération. Est-ce vraiment la place de la première dame de France dans un dossier encore brûlant, d'une grande complexité où il y a beaucoup de non-dits, de diplomatie parallèle et peut-être de négociations souterraines pour le commerce d'armes françaises?», s'interroge-t-il.

Lui aussi très critique, Olivier Picard, dans les «Dernières Nouvelles d'Alsace», écrit que «la femme du Président, quelles que soient ses qualités personnelles, n'a aucune légitimité. Aucune. Réduire l'action de la France à son intervention, c'est ramener la politique étrangère de notre pays au rayonnement du couple présidentiel en jetant le Quai d'Orsay dans l'ombre. C'est donner l'image d'un pouvoir personnel au cour des relations internationales. Notre pays, cinquième puissance du monde, vaut mieux que ça».

«Mauvais effet à Bruxelles»

«La France a un ministre des Affaires étrangères, en la personne du très humanitaire Bernard Kouchner. Elle a même une secrétaire d'Etat chargée des Droits de l'homme, en la personne de Rama Yade. N'est-ce pas à ces personnalités dûment mandatées d'être en première ligne?», insiste Michel Noblecourt dans le «Midi Libre». «C'est peu dire que le coup de la France fait mauvais effet à Bruxelles. Elle donne le sentiment de vouloir récupérer la mise d'un long travail européen».

«Les Allemands ne sont pas les derniers agacés par cette prétention à jouer le nationalisme économique dès que ça nous arrange et à utiliser l'Europe chaque fois que ça nous est utile. A continuellement tirer les marrons du feu, certains pourraient finir par s'y brûler les doigts», s'inquiète, pour sa part, Philippe Waucampt, dans les colonnes du «Républicain Lorrain».
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