Un manifestant palestinien brandit un couteau lors de heurts avec l'armée israélienne vendredi 9 octobre dans la ville de Gaza.
Un manifestant palestinien brandit un couteau lors de heurts avec l'armée israélienne vendredi 9 octobre dans la ville de Gaza. - SIPA

Depuis plusieurs jours, l’expression fait florès dans les médias. Le conflit israélo-palestinien serait entré dans une nouvelle phase, « l’Intifada des couteaux ». En dix jours, près d’une vingtaine d’attaques ont été recensées, venant essentiellement de jeunes Palestiniens et dirigés contre des Israéliens au hasard. Ces jeunes ont pris ce qu’ils avaient sous la main : des couteaux de cuisine. En réponse, les autorités israéliennes ont renforcé les mesures sécuritaires, l’augmentation de la présence militaire, une répression accrue. Mais les foyers de violence sont en train de se multiplier, de Jérusalem à la Cisjordanie en passant par la bande de Gaza. A première vue, tout semble concourir à l’explosion d’une nouvelle guerre ouverte.

Une Intifada est un soulèvement populaire spontané et violent. En Palestine, deux ont officiellement eu lieu, de 1987 à 1991 et de 2000 à 2003 (ou 2005 selon certains auteurs). Mais, pour le cas présent, « on ne peut pas encore parler d’Intifada, nuance Xavier Guignard, doctorant en Sciences politiques à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), spécialiste de la politique palestinienne. Cela fait cinq ans qu’à chaque nouvelle flambée de violences, j’entends ce terme ressurgir, mais c’est quelque chose qu’on ne peut juger que sur le temps long. Concentrons-nous sur les faits, plutôt que sur la course aux appellations bidons. » Car la situation actuelle reste particulièrement inquiétante. « Il y a quelque chose de l’ordre du désespoir, quand on voit le caractère suicidaire de ces attaques », explique le chercheur.

La génération Oslo

Le profil des assaillants interpelle. Jeunes, très informés et loin d’être des extrémistes religieux, ils agissent seuls, sans coordination, de leur propre chef. « C’est la génération Oslo, celle née après les accords de paix qui ont échoué. Ils n’ont jamais rien connu d’autre que les affrontements, la guerre et les humiliations, détaille le chercheur. Aujourd’hui, cette jeunesse n’a que deux possibilités : accepter un statu quo intenable ou tenter l’aventure de l’émigration. »

Il faut ajouter à cela qu’en 2015, il y aurait déjà eu 151 attaques de colons contre les Palestiniens, selon le Negotiations affairs department de l’OLP. La plus tristement célèbre est l’incendie le 31 juillet d’une maison qui a provoqué la mort d’un bébé de 18 mois et de ses deux parents. Et si l’Autorité palestinienne est très douée pour contrôler d’une main de fer les militants les plus extrémistes, elle ne peut pas empêcher des éléments indépendants, envahis par la colère et déçus de politiques apparemment incapables de les protéger, de passer à l’acte.

« Les jeunes Palestiniens se disent "si on ne fait rien, ils vont venir nous brûler les uns après les autres" », confirme Xavier Guignard. Pour l’instant, les différents soulèvements (à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza) n’ont pas encore convergé. Mais il est impossible de savoir ce qu’il peut arriver. Une chose est sûre pour le chercheur : « Les Intifadas précédentes ont charrié leur lot de morts, sans changer la situation. »

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