Débat républicain: Pourquoi la stratégie «I don't give a fuck» de Donald Trump a fonctionné

USA 2016 Le candidat, qui continue de dominer dans les sondages, n'a pas cédé un pouce...

Philippe Berry

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Donald Trump à son arrivée au premier débat des primaires républicaines le 6 août 2015 à Cleveland

Donald Trump à son arrivée au premier débat des primaires républicaines le 6 août 2015 à Cleveland — MANDEL NGAN AFP

Donald Trump va pouvoir piquer la casquette « IDGAF » (« I don’t give a fuck », « J’en ai rien à foutre ») de Lil Wayne. Lors du débat républicain, jeudi soir à Cleveland, sa stratégie incendiaire a plutôt payé – pour l’instant. 20 Minutes passe sa tactique au crible.

1.Refuser de s’excuser

Il a traité des femmes de « grosse truie » ? Veut les voir « à genoux » ? Lire à Donald Trump ses pires citations ne le déstabilise pas. Son sexisme ? « C’était juste contre Rosie O’Donnell », une comédienne avec qui il s’était clashé sur Twitter, sourit-il, mentant comme un arracheur de dents. Relancé, il s’emporte : « Le problème aux Etats-Unis, c’est le politiquement correct. Je n’ai pas le temps d’être politiquement correct, ce pays non plus. » La salle applaudit. Logique, alors que de nombreux électeurs républicains, notamment ceux du Tea Party, rejettent les technocrates de Washington. Comme Sarah Palin, Trump se pose en « outsider ».

2.Rester vague

Quelles preuves a-t-il d’une action concertée du gouvernement mexicain pour envoyer « ses pires criminels » aux Etats-Unis ? « Je me suis rendu près de la frontière. J’ai parlé à des professionnels. On me l’a dit. Le gouvernement américain est stupide, le gouvernement mexicain est malin. » Sa stratégie ? « Il faut un grand mur avec une jolie porte pour laisser rentrer ceux qui émigrent légalement. » Mercredi, il expliquait sur CNN qu’il enverrait l’addition de la construction du mur au Mexique. Comment ? « Je vais leur dire : ''Il faut payer !'' » Avec des réponses d’une minute à peine plus longues qu’un tweet, les punchlines de Trump sont souvent plus mémorables que les balbutiements de Jeb Bush.

3.Répondre complètement à côté si besoin

La modératrice l’interroge sur son soutien passé à une approche socialiste de l’assurance maladie, comme au Canada ? « En juillet 2004, je me suis fermement opposé à la guerre en Irak qui était en train de déstabiliser le Moyen-Orient. J’étais le seul sur cette scène à le faire. » Le journaliste le relance. « Le système canadien fonctionne bien au Canada », répond finalement Trump.

4.Attaquer les médias

Recevant des questions globalement plus difficiles que ses adversaires, il riposte en s’en prenant à la modératrice de Fox News. « Megyn n’est pas très gentille avec moi. » Il a continué avec une demi-douzaine de tweets à 2h00 du matin, critiquant le « manque de professionnalisme » d’une « bimbo », expliquant qu’il n’était pas un « débatteur » mais un « winner ».

Le bilan

Sur un sondage Web à chaud – un très mauvais instrument – de Time Magazine, Trump a été déclaré vainqueur du débat par 47 % des votants. En revanche, son refus de promettre qu’il ne se présenterait pas comme candidat indépendant a échaudé un panel d’électeurs indécis de l’Iowa assemblé par Fox News, qui estime que Trump « fait du mal » au parti. Le cowboy milliardaire est une figure ultra-polarisante, avec 47 % d’opinions favorables chez les conservateurs et 43 % d’opinions défavorables (+4 %). A l’autre extrême, Marco Rubio est à 56 % d’avis positifs et 13 % de négatifs (+43 %). Selon l’analyste de Fox News Britt Humes, le manque de sérieux de Trump « va finir par se voir ». En attendant, le cirque médiatique peut continuer.