70 ans après, le Japon paie encore le prix de Hiroshima et Nagasaki

BOMBE ATOMIQUE L’Institut des maladies de la bombe atomique de Nagasaki étudie ces effets depuis 1962...

Mathias Cena

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Un homme observe les ruines de la ville d'Hiroshima après l'explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945.

Un homme observe les ruines de la ville d'Hiroshima après l'explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945. — AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Nagasaki,

Le 6 août 1945, à 8h15, un B-29 américain largue une bombe atomique au-dessus de la ville d’Hiroshima. Plus de 80 % des habitants dans un rayon d’un kilomètre autour du point d’explosion de « Little Boy » sont tués sur le coup. Quelque 70.000 personnes meurent instantanément, un bilan qui atteindra 140.000 victimes dans les mois suivants. Trois jours plus tard, le 9 août, les Etats-Unis lancent une nouvelle attaque sur la ville de Nagasaki, à 400km d’Hiroshima, où une deuxième bombe tue 70.000 personnes.

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Au-delà de l’horreur des chiffres, les conséquences humaines sont extrêmement lourdes. Une vie de souffrances physiques et psychologiques attend les 450.000 survivants, les « hibakusha » (« exposés à la bombe »), chez qui la force et la chaleur de l’explosion, ainsi que les radiations, provoquent d’innombrables symptômes : perte des cheveux, cicatrices chéloïdiennes, leucémie et cancers, notamment.

Les risques de cancers continuent d’augmenter chez les hibakusha

« Soixante-dix ans après la bombe, les risques de cancers continuent d’augmenter chez les hibakusha », explique Noboru Takamura, professeur à l’Institut des maladies de la bombe atomique, fondé en 1962 au sein de l’université de Nagasaki. « Les risques de leucémie ont disparu après environ dix ans, mais on observe ces dernières années des maladies de la moelle osseuse nommées MDS », pour syndromes myélodysplasiques. Le risque de cancers multiples a aussi fortement augmenté au cours des trente dernières années, notamment chez ceux qui se trouvaient à moins d’1,5 km du centre de l’explosion.

Le Dôme de la bombe atomique, à Hiroshima, a résisté à l'explosion de la bombe, presque à la verticale du bâtiment, le 6 août 1945. - Ross Halfin/REX Shutter/SIPA

 

Créé à l’origine pour étudier les conséquences à long terme sur la santé des hibakusha de Nagasaki, l’Institut a également dépêché des équipes à Tchernobyl quelques années après la catastrophe nucléaire de 1986, quand l’Union soviétique a autorisé l’accès aux chercheurs étrangers. Les scientifiques ont notamment étudié les conséquences de l’exposition aux radiations, externe par les nuages radioactifs et l’environnement, mais aussi interne, par la consommation d’eau et de nourriture contaminées.

« La relation entre radiations et cancer est difficile à établir »

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en mars 2011 a réveillé de douloureux souvenirs au Japon. Les chercheurs de l’Institut se sont rendus sur place pour fournir une assistance médicale et une information sur les risques aux habitants des environs. « Les résidents de Fukushima n’avaient aucune connaissance sur les radiations à l’époque », note Noboru Takamura, qui souligne l’importance de la communication sur les risques.

Alors que le suivi des survivants de la bombe atomique a permis de réaliser une étude sur une longue durée, l’une des plus longues au monde, le chercheur juge que dans le cas de Fukushima, « la relation entre radiations et cancer est difficile à établir » : « Il n’y a pas de preuve de changement sur les humains pour un niveau d’exposition en dessous de 100 millisieverts », indique-t-il.

Les doutes sur les risques persistent chez les habitants de Fukushima

L’Institut des maladies de la bombe atomique a établi une antenne à Kawauchi, à une trentaine de kilomètres de la centrale accidentée. Le gouvernement a autorisé le retour des habitants dans le village, car « les radiations étaient plus faibles qu’aux alentours à cause de la direction des vents au moment de l’explosion », précise Noboru Takamura.

Japon : Retour des habitants dans certaines zones évacuées autour de Fukushima

Il note cependant que les doutes sur les risques persistent chez les villageois, dont plus de la moitié se disent inquiets des risques des radiations pour la santé des enfants. Mi-juillet, l’organisation écologiste Greenpeace a appelé le gouvernement japonais à reporter la levée d’ordres d’évacuation qui rendrait possible le retour des habitants autour de Fukushima, estimant, d’après des mesures effectuées sur le terrain, que la zone évacuée n’est toujours pas habitable du point de vue sanitaire.