Après l'adoption du mariage pour tous, l'avortement? L'organisation des droits de l'Homme Amnesty International a dénoncé mardi la législation irlandaise très stricte sur l'avortement, qui met selon elle en danger la santé des femmes, et a réclamé sa modification. La très catholique Irlande continue d'interdire l'avortement même en cas de viol, de malformation du foetus ou de risques pour la santé de la mère. Elle ne l'autorise que si la vie de la mère est en danger, et ce seulement depuis 2013 après la mort d'une femme enceinte de septicémie. Elle s'était vue refuser un avortement alors qu'elle était en train de faire une fausse couche, à 17 semaines de grossesse.

4.000 Irlandaises vont avorter à l'étranger chaque année

«Les droits des femmes et filles sont violés chaque jour en raison d'une Constitution qui les traite comme des réceptacles à bébé», a estimé le secrétaire général de l'organisation, Salil Shetty. L'ONG cite le cas de nombreuses femmes contraintes de continuer à porter des foetus morts pendant plusieurs semaines pour que les médecins puissent s'assurer qu'ils ne produisent vraiment plus de battements cardiaques. C'est le cas de Lupe, qui a finalement avorté à l'étranger, comme 4.000 femmes irlandaises chaque année. «Je ne me sentais pas en sécurité du tout... J'avais peur», raconte la jeune femme, citée dans le rapport.

Un «climat de terreur»

Pour Peter Boylan, obstétricien et gynécologue, la sécurité des mères doit être prioritaire et non plus celle des foetus. «D'après les lois actuelles, nous devons attendre que la femme soit suffisamment malade avant de pouvoir intervenir. Mais quand êtes-vous suffisamment proche d'un risque de mort ? Il n'y a pas de réponse». Il déplore également que la législation irlandaise tienne pour un crime qu'un médecin donne des renseignements aux femmes sur le traitement dont elles ont besoin pour avorter en sécurité. Ces lois créent un «climat de terreur» et incitent certaines femmes à éviter «l'ensemble des médecins», estime-t-il.

Mariage homosexuel: Comment l’Irlande a réussi son référendum

Abroger l'amendement qui donne des droits égaux au foetus et à la mère

Après l'adoption du mariage homosexuel par référendum le mois dernier, des militants pro-avortement et des responsables politiques ont appelé à la tenue d'un référendum pour abroger le 8ème amendement de la Constitution irlandaise qui donne des droits égaux au foetus et à la mère. Un porte-parole du ministère de la santé a dit à l'AFP qu'il «examinerait les conclusions» du rapport d'Amnesty. Le Premier ministre Enda Kenny a toutefois exclu la tenue d'une éventuelle consultation avant les élections législatives, prévues en avril 2016.