«La question basque est l'otage de la politique espagnole»

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Publié le 6 juin 2007.

INTERVIEW - La trêve d'ETA prend fin mercredi à 0h00; décryptage par Jean-Pierre Massias, spécialiste du conflit basque...

L’organisation terroriste basque ETA a annoncé mardi qu’elle mettait fin à partir de mercredi 00H00 locale, au cessez-le-feu permanent annoncé le 22 mars 2006. Jean-Pierre Massias, professeur de droit à l’université de Clermont-Ferrand I et spécialiste du conflit au Pays basque (1) décrypte cette annonce.

L’annonce d’ETA de rompre la trêve est-elle une surprise?
Non, elle est dans l’air depuis deux ou trois semaines. Mais c’est une annonce décevante. Le processus enclenché par la trêve de mars 2006 avait suscité beaucoup d’espoirs. La décision d’ETA met un terme important à ce processus qui aurait déjà pu et dû trouver une solution négociée, comme cela a été le cas récemment et de façon assez spectaculaire en Irlande, et en Afrique du Sud il y a plus de dix ans. Ou comme actuellement en Colombie, avec la décision de libérer des prisonniers des Farc, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy.

Quelles raisons ont poussé ETA à aller vers la trêve en 2006?
Un espoir de dialogue et une position affaiblie. Le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero a courageusement montré une volonté de faire la paix. Je crois que sa démarche est sincère mais il n’a pas montré de geste significatif, comme la relégalisation de Batasuna (parti politique basque indépendantiste qui a été interdit en 2002, ndlr) ou le rapprochement des prisonniers politiques basques de leurs familles. Ce geste aurait pu donner confiance et réamorcer le dialogue. Depuis l’annonce de la trêve, il n’y a eu aucune réelle avancée, d’où un processus bloqué.

La situation basque a souvent été comparé à celle de l'Irlande du nord. Mais dans ce dernier cas, une sortie du conflit est désormais sérieusement envisagée…
Le question de l’indépendance aurait dû passer d’une lutte militaire à une lutte politique. En ce sens, on peut rapprocher l’IRA d’ETA, bras armés d’une structure politique. Mais à la différence du Sinn Féin qui a pris le leadership sur la question nationaliste irlandaise, ETA n'accorde aucune autonomie réelle à son organisation politique Batasuna qui est désormais illégale en Espagne. Dès lors, face à des difficultés, le mouvement basque a tendance à revenir vers la violence pourtant de plus en plus condamnée au sein de la société basque.

Pourquoi Zapatero n’a-t-il pas été plus actif ?
A la décharge du Premier ministre socialiste, il ne bénéficie pas d’un consensus sur la question basque. La droite a toujours été opposée à tout dialogue et a toujours préféré la victoire à la paix des braves. Quitte à manipuler l’opinion, comme l’ont montré les attentats de Madrid en mars 2004: le gouvernement Aznar a d’abord accusé ETA d’en être le responsable. Autres acteurs importants du processus de paix, les nationalistes modérés au pouvoir au Pays basque, qui n’entretiennent pas d’excellentes relations avec ETA. Ajoutons à cela une société traumatisée, marquée par la violence depuis près d’un siècle…

Comment envisagez-vous la suite?
Le règlement du problème basque ne passe pas par une victoire d’un camp sur l’autre. Je pense qu’elle est de toute façon militairement impossible. Si le gouvernement tape fort contre les indépendantistes, cela ne fera que renforcer la tentation d’ETA de montrer qu’elle avait raison de ne pas avoir confiance en Madrid et de recourir à la violence. La meilleure solution est un référendum, car c’est un instrument que personne ne peut contester.

Le dialogue ne doit-il pas précéder?
Dans les deux camps, on dit qu’on ne peut pas discuter, qu’il y a trop de morts entre les deux camps. Ce n’est pas vrai: des conflits autrement plus meurtriers comme en Irlande ou les guerres entre la France et l’Allemagne ont montré que les anciens adversaires pouvaient discuter. C’est ce que dit Nicolas Sarkozy au président colombien Uribe: on doit discuter avec ses ennemis, même si on ne doit pas leur faire forcément confiance ou céder devant leurs exigences.

Vous proposez une médiation française?
Non, on pourrait imaginer mieux comme interlocuteur que la France, quelqu’un de moins impliqué. Mais il est certain que le conflit basque aura de grandes difficultés à se régler tout seul et a besoin d'un facilitateur. L’intervention de l’ancien président américain Bill Clinton et son soutien implicite à Adams avait remis le Sinn Féin dans le jeu. Pour l’instant, il manque tout autant un partenaire international comme Bill Clinton, qu’un Gerry Adams ou un Ian Paisley pour négocier. Zapatero est dans une mauvaise position. Sa politique de dialogue ne fonctionne pas, la droite devrait montrer au créneau pour la dénoncer. Tant que le conflit sera un enjeu de politique interne à l’Espagne, cela restera compliqué. Ce n’était pas le cas pour la question irlandaise.

(1) Les liens externes sont proposés par la rédaction de 20minutes.fr
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