EXCLUSIF – Interview du général Michel Aoun, chef chrétien de l’opposition libanaise…
Interview du général Michel Aoun, chef chrétien de l’opposition libanaise et président du Courant patriotique libre, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU vient de voter la formation d’un Tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri.
Le chef de la majorité parlementaire anti-syrienne, Saad Hariri, appelle vendredi à la formation d’un gouvernement d’union nationale. En tant que chef de l’opposition, que lui répondez-vous?
Il s’agit de manœuvres médiatiques destinées à apaiser l’opinion publique et faire croire à la bonne volonté de la majorité. Elle a pourtant publié jeudi un communiqué dans lequel elle indiquait qu’un gouvernement d’union nationale ne serait possible qu’après l’élection d’un nouveau président de la République (NDLR: qui doit être élu par les députés cet automne), c’est-à-dire pas avant octobre. Ceci est une condition qui n’est pas acceptable.
Vous vous disiez favorable jusqu’alors à un gouvernement d’union nationale. Posez-vous des conditions désormais?
Non, je n’en pose aucune. Nous avons beaucoup de points de conflits avec la majorité mais je crois que l’on doit surmonter nos divisions en discutant, en dialoguant au sein d’une union nationale.
Votre partenaire du Hezbollah considère que le tribunal international, mis sur pied par l’ONU, est une «violation de la souveraineté du Liban». Etes-vous d’accord?
Certainement. La création de ce tribunal a été conclue en dehors des instances libanaises. Quelles seront ses conséquences? C’est encore flou.
Les violences sont particulièrement importantes aujourd’hui autour du camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared. Que préconisez-vous pour mettre fin à cette crise?
Depuis quinze jours, l’armée et les hommes politiques essayent de convaincre les terroristes du Fatah al-Islam de se rendre. Mais cela n’a pas marché. Il faut que cette force soit démantelée et envoyée devant la justice.
Le problème a commencé dès le début de l’année avec des attaques contre des bus et contre des civils. Dès le mois de mars, j’ai indiqué au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, que le tribunal international sur le meurtre de Rafic Hariri n’était pas prioritaire et que des organisations terroristes menaçaient la stabilité de notre pays. Malheureusement, alors que la situation était de plus en plus grave, le gouvernement libanais est resté laxiste. Face à un ennemi difficilement identifiable, il ne faut pas que nous restions otages de la peur.
Certains ont vu dans cette crise une tentative de déstabilisation syrienne…
C’est une accusation purement politique. Le gouvernement doit mener une enquête. Une fois que l’on aura établi quel pays est commanditaire de cette violence, il faudra envoyer une plainte aux Nations unies. Mais pas avant.
Ne serait-il pas temps que l’armée libanaise puisse pénétrer dans les camps palestiniens?
Dans le
document d’entente que j’ai établi avec le Hezbollah, je me prononce en faveur du contrôle des armes chez les Palestiniens. Mais le gouvernement ne l’a pas appliqué. Aujourd’hui, la lutte contre le Fatah al-Islam est une initiative de l’armée mais il n’y a toujours pas eu de décision politique.
Etes-vous également favorable au désarmement de votre partenaire du Hezbollah?
C’est une question complexe car il s’agit d’un problème différent. Le Hezbollah est un mouvement de résistance créé pour s’occuper de certaines choses qui ne sont toujours pas réglées (NDLR : l’occupation israélienne du secteur des fermes de Chebaa). Pour désarmer le Hezbollah, il faut une concertation à trois qui implique les Nations unies, le Liban et Israël.
Vous avez rencontré Bernard Kouchner, qui est plutôt considéré comme atlantiste. Comment l’avez-vous jugé?
J’ai ressenti une certaine ouverture de sa part et la volonté que la France reprenne pleinement son rôle au Liban. J’espère qu’il aura une approche des problèmes fondés sur la justice et sur le droit.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer