François, un pape «surprenant», qui donne un nouveau souffle à la diplomatie du Vatican

MONDE La canonisation ce dimanche de quatre religieuses, dont deux Palestiniennes, éclaire le  rôle singulier qu'entend jouer le dirigeant du micro-état sur la scène internationale...

Maud Pierron

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Le pape François sur la place Saint-Pierre de Rome, le 13 mai 2015.

Le pape François sur la place Saint-Pierre de Rome, le 13 mai 2015. — A. Tarantino/AP/SIPA

Le pape François a canonisé ce dimanche quatre religieuses, dont deux Palestiniennes. Un nouveau geste symbolique à portée diplomatique pour ce pape « toujours surprenant », comme le qualifie Odon Vallet, spécialiste des religions.

« C’est un message fort et essentiel envers les chrétiens d’Orient », actuellement persécutés dans de nombreux pays au Proche et au Moyen-Orient, décrypte Odon Vallet, contacté par 20 Minutes. Et, là encore, « en offrant deux saintes arabes au Proche-Orient », François reprend les habits de pèlerin de Jean-Paul II qui avait « pour politique d’offrir des saints aux nations qui n’en avaient alors pas, pour leur donner des références, des repères autres que les saints classiques, alors que 80 % des catholiques vivent dans les pays du Sud », explique Bernard Lecomte, spécialiste du Vatican et auteur de Les Papes qui ont changé l’Histoire (Gründ, 2014).

« Cuba, la patte d’un pape sud-américain »

Mais le symbole n’est pas tout car en parallèle, un accord sur« la liberté religieuse et de conscience» entre le Vatican et l’Etat palestinien est en passe d’être signé, alors que le Vatican vient de reconnaître l'Etat palestinien. En discussion depuis 15 ans, le pape François espère que « cet accord fasse jurisprudence et démontre qu’il est possible d’avoir des relations normales avec des Etats où la confession majoritaire est l’islam », analyse Bernard Lecomte.

Après une période où la diplomatie vaticane s’était assoupie sous la férule d’un Benoît XVI au profil plus théologien, il semble bien que la diplomatie des nonces, réseau le plus important au monde avec près de 180 ambassades – plus que la France -, retrouve des couleurs avec ce pape argentin. Ainsi, en mars dernier, Raul Castro comme Barack Obama avaient remercié le pape pour ses actions en faveur du dégel de leurs relations. Ce qui reste pour l’instant la plus éclatante victoire diplomatique du pape François.

« Cuba, c’est la patte d’un pape sud-américain. François a une vision nouvelle car il vient d’ailleurs, c’est la première fois qu’un pape vient de l’hémisphère sud », insiste Bernard Lecomte. Pas si anodin que cela puisqu’« il prend l’Europe pour ce qu’elle est aux yeux du reste du monde : un continent riche et égoïste ». Et n'hésite pas à le dire haut et fort, depuis le cœur de l’Europe, le Parlement européen, quand il accuse l’UE de laisser la Méditerranée devenir « un cimetière » en laissant les migrants mourir.

Un atypique

Pour son premier déplacement, ce fût Lampedusa et ces centaines d’immigrés qui venaient s’échouer sur les cotes dans l’indifférence la plus totale de l’Europe. Son premier voyage d’Etat hors Italie, ce fût l’Albanie, pays le plus pauvre d’Europe. Outre la paix dans le monde et notamment au Proche-Orient, la pauvreté, le sort des migrants et la sauvegarde de l’environnement sont les thématiques le plus souvent défendues par le pape.

Le profil de François Bergoglio fait aussi beaucoup pour l’influence du Vatican. Un pape simple, populaire, « au parler cash ». « C’est un missionnaire, un pape voyageur même s’il n’aime pas ça, un pape qui s’occupe du reste du monde », ajoute Bernard Lecomte qui parle d’un « renouveau certain de la diplomatie vaticaniste » même si, plus prudent que Jean-Paul II, le pape François ne revendique pas de rôle politique mais plutôt celui de lanceur d'appel au dialogue. Odon Vallet se montre un peu plus réservé : pour lui, il est trop tôt pour juger d’un quelconque héritage. « Il a reçu les responsables israéliens et juifs dans ses jardins du Vatican pour une prière. Pour l’instant c’est resté de l’ordre du symbolique, ça n’a rien changé », tempère-t-il.