Elections en Grande-Bretagne: Un Royaume plus désuni que jamais à l'avenir européen très incertain

DECRYPTAGE La spectaculaire percée des indépendantistes écossais, mais aussi les incertitudes quant à son maintien dans l'Union européenne risquent de déchirer un peu plus le Royaume...

B.D. avec AFP

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David Cameron à l'heure des législatives en Grande-Bretagne, le 7 mai 2015.

David Cameron à l'heure des législatives en Grande-Bretagne, le 7 mai 2015. — Stefan Rousseau/AP/SIPA

Les législatives britanniques promettent d'avoir des conséquences sismiques sur un Royaume plus désuni que jamais, menacé d'éclatement du fait de la spectaculaire percée des indépendantistes écossais, et taraudé par les incertitudes quant à son maintien dans l'Union européenne.

«Les nationalistes du SNP ont perdu une bataille mais ils ont gagné la guerre», a prévenu Kate Jenckins, experte à la London School of Economics (LSE). Le parti, paradoxalement revigoré par sa courte défaite au référendum d'indépendance il y a six mois, a raflé 56 des 59 sièges en Ecosse, opérant une véritable razzia dans une contrée considérée voici peu comme un fief travailliste inexpugnable. Pareil triomphe est de nature a aiguiser son appétit. Tony Travers, expert de la LSE, n'a pas l'ombre d'un doute: «L'indépendance reste l'objectif ultime des nationalistes», quelles que soient leurs précautions de langage pour assurer que la question n'est pas immédiatement à l'ordre du jour.

Les nationalistes gallois dans la cour des grands

La victoire à la Chambres des Communes du parti conservateur, leur ennemi juré, risque de creuser un peu plus le fossé avec «ceux de Westminster», ainsi que les appellent sans cacher son dédain Nicola Sturgeon, le Premier ministre de la région autonome septentrionale. Elle assure que ses demandes prioritaires portent sur des pouvoirs accrus en matière de maîtrise des finances. Le triomphe du SNP donne des ailes aux nationalistes gallois du Plaid Cymru qui ont amélioré leur score à 12% dans la plus déshéritée des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, qui comprend aussi l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande du nord.

Leanne Wood, 43 ans, leur dirigeante républicaine -qui s'entête à appeler «Mme Windsor» la reine Elizabeth II- a réussi à préserver son capital de trois sièges à la Chambre des Communes. Elle a fait son entrée dans la cour des grands à l'occasion de la campagne, en participant au débat des sept principales formations du pays. Cette double avancée à Edimbourg et Cardiff s'accompagne par ailleurs d'une envolée des revendications en faveur de pouvoirs accrus en Irlande du nord et dans les grandes métropoles, à commencer par Manchester et Liverpool.

«Brexit»

Ce vendredi à l'aube, alors que deux tiers seulement des circonscriptions avaient été dépouillées, David Cameron a rappelé sa principale promesse de campagne: «Nous devons tenir le référendum qui décidera de l'avenir du Royaume-Uni en Europe». Le Premier ministre s'est engagé à le faire d'ici la fin 2017, sous la pression des eurosceptiques de son camp qui insistent dorénavant pour accélérer le calendrier.

Patrick Dunleavy, politologue à la LSE, l'appelle «le référendum Brexit», en référence au risque d'une sortie britannique du groupe des 28. Selon lui, David Cameron qui plaide en faveur d'une renégociation des liens de son pays avec l'ensemble qu'il a rejoint en 1975 -au moment où l'Europe était un marché commun et non un projet politique- sera tenté «d'avancer le scrutin à l'an prochain». Afin de crever l'abcès. C'est que son parti a eu une fâcheuse tendance à se déchirer sur l'UE ces dernières décennies.

Lignes rouges

Sara Binzert Holbot, spécialiste des questions européennes à la LSE est convaincue que David Cameron «prendra très rapidement le chemin de Bruxelles en vue de négocier un accord». «Dans le passé il a eu tendance à ostraciser certains de ses collègues européens, et a fait se lever bien des sourcils » avec son approche à l'opposé des usages communautaires «qui consistent à construire des ponts et des alliances». Il s'est de fait isolé et d'aucuns «ont peine à croire son credo pro-européen».

Les autres dirigeants européens ont en conséquence tracé des lignes rouges, notamment en matière de libre circulation des ressortissants européens. Reste à Cameron à préciser ses demandes d'aménagements et de démontrer sa volonté de «reconstruire la relation», avance Mme Holbot qui n'exclut pas un accord. En fin de compte, un Brexit pourrait entraîner un «Scotxit»: Nicola Sturgeon, europhile convaincue, a prévenu qu'une sortie britannique de l'UE serait une condition suffisante pour reposer la question de l'indépendance.