La journaliste Anne-Isabelle Tollet devant la photo d'Asia Bibi affichée à l'hôtel de ville de Paris, en décembre 2014.
La journaliste Anne-Isabelle Tollet devant la photo d'Asia Bibi affichée à l'hôtel de ville de Paris, en décembre 2014. - éd.du Rocher
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Ne pas laisser Asia Bibi tomber dans l’oubli, au risque de la voir mourir. Ce jeudi, la journaliste Anne-Isabelle Tollet publie La mort n’est pas une solution (éd. du Rocher) pour relancer la mobilisation autour de la Pakistanaise de confession chrétienne accusée de blasphème et condamnée à mort. Un texte qui offre une plongée dans la société pakistanaise, où le délit de blasphème terrorise l’ensemble de la population, comme l’auteure l’a expliqué à 20 Minutes.

Alors que Blasphème (Oh! Editions) ne traitait que d’Asia Bibi, ce second livre nous emmène au cœur de la société pakistanaise…

Tout à fait. Le premier livre était centré sur Asia Bibi: c’était elle qui parlait, depuis sa cellule, qui racontait son histoire et les conditions de sa détention. Mais Asia Bibi est analphabète et n’est jamais sortie de son village. Elle ne pouvait donc faire partager au lecteur les implications politiques de sa situation. Or, pour bien appréhender son histoire, il faut connaître ce pays et cette société.

Ce second livre est un peu le contrechamp du premier: j’y raconte la façon dont j’ai vécu et perçu tout cela. C’est une photographie du Pakistan. L’histoire d’Asia Bibi y figure en filigrane, mais à travers mon expérience en tant que correspondante au Pakistan et mon regard d’Occidentale, j’essaye de faire un peu mieux saisir au lecteur cette société pakistanaise si complexe et si méconnue.

Combien y a-t-il d’autres Asia Bibi au Pakistan?

Plus de 300 personnes sont jetées en prison chaque année pour délit de blasphème. Et ce ne sont pas que des chrétiens, loin de là, et pas que des femmes. Au Pakistan, on se fait accuser de blasphème pour un rien, car les gens se servent de cette loi pour régler leurs petits problèmes quotidiens, comme cela a été le cas pour Asia Bibi. C’est un problème qui touche l’ensemble des citoyens. Cette loi sème la terreur dans tout un pays. Et, même si le gouvernement est conscient de ces dérives, il ne semble pas prêt à réformer ou abroger la loi, par crainte des fondamentalistes.

Ce serait même plutôt l’inverse, puisque la justice vient d’annuler la peine pour terrorisme de Mumtaz Qadri, qui a abattu en 2011 le gouverneur du Pendjab Salman Taseer qui avait apporté son soutien à Asia Bibi …

C’est un recul du gouvernement pakistanais face aux fondamentalistes. Depuis que Mumtaz Qadri est en prison, le gouvernement subit des pressions énormes de la part des religieux radicaux pour qu’il soit libéré. Et là, la justice décide d’annuler sa peine, alors qu’il a commis un crime qui est une menace directe pour la démocratie au Pakistan. Ce n’est franchement pas un signe encourageant et cela n’aide pas à être optimiste, mais je continue à croire qu’on peut sortir Asia Bibi de son cauchemar. Il faut continuer à se mobiliser. Je pense qu’elle a 50% de chances de s’en sortir. C’est énorme, plus qu’il y a quelques années: plus on en parle, plus elle gagne de chances de s’en sortir.

Elle devrait être faite Citoyenne d'honneur de la Ville de Paris le 17 mars. Est-ce un appui supplémentaire?

C’est un acte très fort de la part d’Anne Hidalgo. Cet événement ne va pas échapper au gouvernement pakistanais, et cela renforce la pression. Je sais que les mairies de Bordeaux et Strasbourg vont, comme Paris l’été dernier, afficher une photo d’Asia Bibi. Il faudrait que d’autres grandes villes en Europe suivent, pour éviter que la France, vue au Pakistan comme un pays qui soutient les blasphémateurs, ne soit la seule à se mobiliser.

Pour soutenir financièrement Asia Bibi -toujours emprisonnée à Multan- et sa famille -qui n’a plus de ressources puisqu’elle vit toujours cachée-, Anne-Isabelle Tollet a lancé l’association Comité International Asia Bibi, 7 rue de la Condamine, 75017 Paris. saveasiabibi@gmail.com

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