Meurtre de Nemtsov: Quelles sont les différentes hypothèses sur le crime?

RUSSIE L'opposition dénonce un «meurtre politique», tandis que les alliés du Kremlin crient à la «provocation»...

Mathias Cena

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Une femme dépose des fleurs à la mémoire de Boris Nemtsov, l'opposant russe assassiné à Moscou. Photo du 28 février 2015.

Une femme dépose des fleurs à la mémoire de Boris Nemtsov, l'opposant russe assassiné à Moscou. Photo du 28 février 2015. — OLGA MALTSEVA / AFP

Près de deux jours après le meurtre de Boris Nemtsov, opposant à Vladimir Poutine, l'heure est à l'indignation et au recueillement. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi déposé des fleurs et des bougies samedi sur le pont, à proximité des murs du Kremlin, où l'opposant de 55 ans a été tué la veille peu avant minuit. Alors que l'enquête commence, plusieurs hypothèses ont été évoquées quant aux possibles auteurs de cet assassinat. 20 Minutes fait le point.

Les faits

«Vers 23h15, une voiture s'est approchée de Boris Nemtsov et de sa compagne, quelqu'un a tiré des coups de feu, dont quatre l'ont touché dans le dos, causant sa mort», a déclaré la porte-parole du ministère de l'Intérieur, Elena Alexeeva. Selon le Comité d'enquête de Moscou, le meurtre de l'opposant a été «minutieusement planifié».

«Selon toute vraisemblance, l'arme qui a été utilisée est un pistolet Makarov», une arme de poing en service dans les forces de police et l'armée russe et par conséquent très répandue, poursuit le Comité. Des images diffusées samedi soir sur la chaîne russe TVC et prises par une caméra de vidéosurveillance située à une grande distance du pont en hauteur montrent ce qui est présenté comme le déroulement de l'assassinat, malgré la piètre qualité des prises de vue.

- La piste du crime politique

Dans une interview accordée début février au site internet Sobessedniki.ru, l'opposant avouait craindre «un peu» pour sa vie en raison de ses prises de position contre le président russe. Boris Nemtsov avait envisagé de demander l'asile politique en Lituanie en 2012, craignant des persécutions de la part du Kremlin, affirme Andrius Kubilius, qui était à l'époque Premier ministre de cet Etat balte.

- La thèse de la «provocation»

Les alliés du Kremlin, eux, dénoncent une «provocation» visant à «déstabiliser le pays». «Poutine a déclaré que cet assassinat brutal portait les marques d'un meurtre commandité et avait tout d'une provocation», avait immédiatement dit son porte-parole, Dmitri Peskov. «Manifestement, il faut que le sang coule pour que des troubles éclatent dans le centre de Moscou», a commenté le chef du Parti communiste Guennadi Ziouganov. Un autre responsable du parti, Ivan Melnikov, a estimé qu'il s'agissait d'une «provocation destinée à relancer l'hystérie antirusse à l'étranger».

Le journal Pravda, organe officiel du Parti communiste, accuse la CIA d'avoir commandité l'attentat et dresse une liste de possibles exécutants: «le MI6, le Mossad, la "dictature saoudienne", les "nazis ukrainiens", ou encore les "hommes de main musulmans" comme Al-Qaïda et l'Etat islamique».

- La piste islamiste

Boris Nemtsov avait reçu des menaces à la suite de son soutien à Charlie Hebdo après l’attentat contre le journal satirique français.

- La piste d’un assassinat lié au conflit ukrainien

Cette thèse a été évoquée par le président ukrainien Petro Porochenko. Celui-ci estime que le meurtre de l’opposant, qui avait appelé quelques heures avant sa mort les Russes à manifester dimanche contre «l'agression de Poutine en Ukraine», n'était pas un «hasard». «Il était un pont entre l'Ukraine et la Russie, et ce pont a été détruit par les coups de feu d'un assassin. Je pense que ce n'est pas par hasard.» Le président ukrainien a assuré que Boris Nemtsov s'apprêtait à «rendre publiques les preuves de la participation des troupes russes au conflit en Ukraine». «Quelqu'un a eu très peur de cela», a-t-il déclaré à la presse.

- La piste d'ultra-nationalistes d'extrême-droite

C'est une piste évoquée par des sources policières anonymes citées par les agences de presse russes.

Qui que soient les commanditaires du meurtre, beaucoup doutent que l'enquête aboutira. Vladimir Poutine s'est engagé samedi à tout faire pour châtier les assassins de Nemtsov, mais les réels commanditaires des assassinats d'opposants en Russie sont rarement arrêtés. L'ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev a exprimé ses craintes à ce sujet, résumant ainsi la situation: «Il faut trouver les tueurs, mais dans ce genre de crime (...) il est parfois difficile de les trouver».