Illustration d'un départ d'enfants adoptés par des familles françaises à Bucarest, en Roumanie.
Illustration d'un départ d'enfants adoptés par des familles françaises à Bucarest, en Roumanie. - NICOLAS JOSE/SIPA

En 2013, il y a eu trois fois moins d’adoptions internationales qu’en 2003, date à laquelle il y avait eu 40.000 adoptions internationales de mineurs dans le monde. Si la France est le troisième pays en matière d’adoption internationale, loin derrière les Etats-Unis*, le parcours est de plus en plus difficile pour les candidats. 20 Minutes a demandé à Jean-François Mignot, chercheur au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass), les raisons de cette «pénurie» d’adoptés internationaux.

Comment expliquez-vous le déclin des adoptions internationales?

La première raison est structurelle et économique. La baisse de la mortalité, la hausse du niveau de vie, mais aussi le développement de la contraception réduisent le nombre d’enfants à adopter dans les pays pauvres. Une autre raison est juridique. Depuis 1993, 90 pays ont ratifié la Convention de la Haye sur la protection des enfants. Celle-ci comporte de nombreuses règles et contribue à restreindre le nombre d’adoptions internationales. Parmi ces règles, citons que l’adoption internationale doit se faire sans transaction financière et par l’intermédiaire d’une autorité centrale. Le temps de se conformer à ces normes, certains pays, comme le Vietnam, imposent un moratoire.

Quelles sont les caractéristiques des pays d’origine des adoptés?

Les pays d’origine des adoptés internationaux sont des pays pauvres, qui peuvent avoir une forte mortalité, une contraception peu suivie, un système ouvert à l’adoption. Car tous les pays n’autorisent pas l’adoption internationale. Une vingtaine de pays de droit islamique l’interdit. L’Inde, le pays où naissent le plus d’enfants, autorise l’adoption d’un enfant administrativement hindou seulement par une personne également catégorisée administrativement hindoue.

Quelle évolution prévoyez-vous dans les dix prochaines années?

Au niveau mondial, l’adoption va continuer de baisser, voire être stable. Il est très peu probable que ces chiffres augmentent car l’espérance de vie et la contraception augmentent. Mais on ne peut totalement exclure un bouleversement, si l’Inde faisait évoluer le cadre juridique de l’adoption internationale par exemple. Pour la France, ce chiffre restera faible car peu de mineurs sont adoptables. C’est pourquoi j’évoque, à propos des couples pour qui la procréation médicalement assistée (PMA) n’a pas fonctionné, le développement des demandes de gestation pour autrui (GPA) [une pratique toujours interdite en France ndlr].

Le trafic d’enfants a-t-il été éradiqué grâce à la Convention de la Haye?

Il a été éradiqué dans la grande majorité des pays qui ont ratifié cette convention. Cependant, dans les pays qui ne l’ont pas ratifié et où il y a une possibilité d’adoption individuelle, sans passer par un organisme agréé, le trafic d’enfants peut subsister. Il s’agit notamment de pays d’Afrique noire.

Vous dites que la plupart des mineurs adoptés internationaux sont désormais «à besoins spécifiques», c’est-à-dire relativement âgés, en fratrie, ou touchés par une pathologie…

Il y a de moins en moins d’enfants à adopter dans les pays pourvoyeurs, et dans ces pays les adoptions nationales augmentent avec la hausse du niveau de vie. Les nourrissons en bonne santé sont plus désirables pour les nationaux. Les enfants qui ont des besoins spécifiques le sont moins, et sont donc dirigés vers l’adoption internationale.

*En 2013, les Etats-Unis accueillent le plus d’adoptés internationaux, loin devant l’Italie, la France puis l’Espagne. Les trois principaux pays d’origine des adoptés internationaux en France en 2014 sont le Vietnam, la Russie et la Colombie.

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