En octobre 2014, Severine Ali Mehenni, habitante de Lézignan, montre une photo de sa fille partie rejoindre le djihad en Syrie.
En octobre 2014, Severine Ali Mehenni, habitante de Lézignan, montre une photo de sa fille partie rejoindre le djihad en Syrie. - Fred Scheiber/AP/SIPA

EDIT : D’après France Inter, plus de 200 Françaises sont parties en Syrie, soit 35 % du contingent français. Ce phénomène, qui n’est pas nouveau, prend de l’ampleur, puisque ce chiffre serait trois fois plus important qu’il y a deux ans. 20 Minutes s’était déjà penché sur la question et republie cet article ce vendredi.

Elles s’appellent Léa, Hayat, Clémence, Inès ou Assia. Elles ont rarement plus de 30 ans, les plus jeunes ont à peine 14 ans. Elles seraient plus d’une centaine à partir de France chaque année pour rejoindre le djihad. Et à troquer le sac à main pour la Kalachnikov et leurs études contre un rôle d’épouse soumise.

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A quoi servent les femmes dans le djihad ?

D’après le journaliste David Thomson, auteur d’une enquête sur Les Français jihadistes (éd. des Arènes), les femmes qui gagnent les rangs djihadistes en Syrie ne reçoivent un entraînement militaire que dans le but de « se défendre en cas de situation extrême ». Apprendre à manier la Kalachnikov fait partie des distractions des premières semaines, mais très vite leur rôle se réduit à « s’occuper de leur mari et de leurs enfants ».

Comment vivent ces femmes ?

Les règles de la charia, la loi islamique, s’imposent à elles. « Il est toujours préférable pour une femme de rester cachée et voilée, afin de maintenir la société derrière ce voile », peut-on lire dans le « manifeste » de la brigade de femmes Al-Khansaa, chargée de faire régner la loi de Daesh dans les rues de Rakka, en Syrie. Couture, cuisine, éducation des enfants et respect des principes religieux occupent leur journée : « Leur rôle est de se marier pour que la plupart des combattants aient une épouse, et d’élever des enfants dans le cadre d’une société guerrière, explique Romain Caillet, spécialiste des mouvances djihadistes en Irak et en Syrie. Seules quelques rares femmes ayant des compétences particulières, comme l’écriture, ont des postes importants dans la communication de Daesh. » Une poignée de femmes sont utilisées pour des actions kamikazes.

Comment sont-elles recrutées ?

Via les réseaux sociaux le plus souvent. D’après David Thomson, il existe trois cas de figure. Souvent, une jeune femme française, enrôlée via Facebook par d’autres femmes, s’engage en obtenant une promesse de mariage d’un djihadiste français déjà sur place. Tout est ensuite organisé pour qu’elle puisse rejoindre son mari, qu’elle ne connaît donc pas. Le plus souvent, la demande en mariage auprès du père de la jeune fille se fait par téléphone et un refus parental est de toute façon sans effet : le père est alors déclaré « mécréant » et n’a plus aucune légitimité sur sa fille aux yeux des djihadistes. Les recours sont alors très compliqués pour les familles. Il peut aussi arriver que des femmes se marient en France avec un homme dans le but de partir avec lui faire le djihad, ou bien qu’elles rejoignent leur mari déjà parti en Syrie.

Que leur promet-on pour les faire venir ?

Une place au paradis, en assurant que le statut de martyr se transmet par le mariage. Mais surtout la possibilité de vivre leur religion dans le respect le plus strict de la charia. « On leur dit qu’elles n’ont pas le droit de vivre dans une société non musulmane ou n’appliquant pas la charia, donc elles doivent aller vivre dans le califat et participer à sa construction qui passe par la famille », décrit Romain Caillet.

Si certains ont évoqué des promesses de participer à des actions humanitaires ou guerrières, Romain Caillet pense que « c’est clair dès le départ qu’elles prennent part à un « djihad matrimonial » dont le but est « d’élever les futurs lions de l’Islam dans l’amour du djihad ».

Sont-elles des esclaves sexuelles ?

La rumeur d’un « djihad sexuel », née en Tunisie du témoignage d’une jeune femme qui disait avoir été mariée et répudiée cinq fois par semaine en Syrie afin d’assouvir les pulsions des djihadistes, s’est avérée fausse. En revanche, certaines femmes sont bel et bien transformées en esclaves sexuelles, précise Romain Caillet. « Cela prend la forme de mariages forcés, qui ne sont pas littéralement des viols mais peuvent être considérés comme tels, explique-t-il. On a même entendu parler de cas de suicides de femmes qui ne supportaient plus cela. »

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