Grèce: Qui est Alexis Tsipras, le leader de Syriza?

GRECE Son parti de gauche radicale, Syriza, pourrait remporter les législatives ce dimanche...

Thibaut Le Gal

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Alexis Tsipras, leader de Syriza, le 3 janvier 2015.

Alexis Tsipras, leader de Syriza, le 3 janvier 2015. — ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Il pourrait devenir l’homme fort de la Grèce, ce dimanche. Son parti de gauche radicale, Syriza, caracole en tête des sondages, à trois jours des élections législatives. S'il est élu, Alexis Tsipras promet aux Grecs d’en finir avec l'austérité. 20 Minutes vous présente celui qui pourrait «changer la donne» en Europe.

Le «Mélenchon grec»?

Alexis Tispras est souvent comparé à Jean-Luc Mélenchon. Il partage avec lui un talent oratoire, s’exprimant avec emphase et sans notes lors des meetings. Lui aussi a le sens de la formule. «Si François Hollande ne tient pas ses promesses, il deviendra Hollandréou et la France deviendra la Grèce», lâche-t-il en mai 2012 lors d’une visite à l’Assemblée nationale. Un «Mélenchon grec», sans tumulte ni fracas. «Je sais me mettre en colère, mais crier, m’énerver, ce n’est pas dans mon tempérament», confiait l’intéressé à Libération en juin 2012.

«Il a toujours été comme ça. Pondéré, calme, confirme son ami de Syriza, Charis Constantos, au quotidien. «Ce n’est pas ce qu’on appelle un intello, mais il a une réelle capacité à rendre accessible des concepts compliqués, à formaliser des idées. Et il parle comme les gens». Pour être prêt à gouverner, Alexis Tsipras travaille. Il a récemment pris des cours d’anglais et effectué une tournée européenne pour faire taire les critiques d'incompétence, dont l’accablent ses détracteurs.

Une fulgurante ascension

Enfant de la petite bourgeoisie athénienne, Alexis Tsipras fait ses premières classes politiques au lycée, dans les jeunesses communistes. Des études d’ingénieur à l’Ecole polytechnique, puis un retour en politique. Il devient secrétaire de la jeunesse du principal parti radical grec, Synaspismós, avant d'en prendre les rênes en 2008. Alexis Tsipras a alors 33 ans. Il devient le plus jeune responsable jamais élu à la tête d'un parti politique parlementaire en Grèce. Sa jeunesse joue en sa faveur, face «à une classe politique de vieux briscards discrédités», confie Charis Constantos à Libération.

Avec la crise, tout s’enchaîne. La coalition de gauche Syriza réalise une poussée électorale aux élections législatives de printemps 2012 (26,9% contre 4,6 % en 2009), talonnant les conservateurs de la Nouvelle démocratie. «Le vent du changement a soufflé», résume-t-il alors. La coalition devient le premier parti du pays aux Européennes de 2014. Il est aujourd'hui nettement favori pour les élections de dimanche.

Le pourfendeur de l’austérité

«Il n'y a rien à négocier dans le mémorandum car on ne négocie pas avec l'enfer», lance Alexis Tsipras en 2012. Trois ans plus tard, le discours n’a pas changé, ou presque. Le parti prône toujours la fin de la politique d'austérité en Europe. Mais le ton est plus mesuré. Syriza rejette désormais une sortie de la zone euro et entend discuter avec les créanciers (UE et FMI)  pour renégocier le programme d'aide et l'effacement partiel de la dette publique (175% du Produit intérieur brut). Face aux menaces de faillite, Tsipras rassure. «Nous ne sommes pas en 2012, il y a une marge de négociation».

Un modèle pour la gauche radicale européenne

L’espoir d’une victoire de Syriza donne du baume au cœur à la gauche radicale européenne. «Peut-être que dimanche prochain, ma gauche va gagner en Grèce, et ce sera un événement (...) on va chercher un autre chemin, autre chose que le paiement de la dette à perpétuité, l'austérité à perpétuité», déclarait mardi Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV et RMC. Lundi, membres du parti de gauche, communistes, écologistes, et même frondeurs socialistes étaient réunis pour un meeting de soutien à Syriza.

En Espagne aussi, certains espèrent  une victoire de Syriza, qui ouvrirait la voie à Podemos, le parti anti-libéral du pays.