ALGERIE – Trois questions à Guillaume Dasquié, éditeur du site www.geopolitique.com (1) et journaliste spécialisé dans le terrorisme islamique…
Al-Qaïda au Maghreb a revendiqué les attentats d'Alger qui ont fait officiellement au moins 23 morts mercredi matin. Ces attentats meurtriers à Alger sont-ils une surprise ?
Pas du tout. Le Groupement Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC), qui a manifesté violemment son intention de frapper l’Algérie, en est l’auteur le plus vraisemblable. Il faut avoir en tête que ce groupe terroriste s’est scindé en deux. Son chef historique, Hassan Hattab, a annoncé en août 2006 être en faveur de la politique de réconciliation du président algérien Abdelaziz Bouteflika qui prévoit d’amnistier les chefs islamistes et de les intégrer au jeu politique à condition que ceux-ci déposent les armes. Une annonce qui a poussé le numéro deux d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri à appeler en septembre 2006 le GSPC à reprendre le combat. Cet ordre s’adressait aux jeunes générations du groupe qui ont environ 25 ans. Ce sont eux qui constituent aujourd’hui le «deuxième» GSPC dont un certain Abdelmalek Droukdal se présente comme le dirigeant.
Est-ce un acte fondateur pour cette nouvelle génération de terroristes ?
Non, l’acte fondateur de la renaissance du GSPC est véritablement l’appel de septembre 2006 d’Al-Qaida. Depuis, les accrochages avec l’armée sont fréquents. Le GSPC est dans une logique d’actions violentes dont les attentats de mercredi sont le point culminant jusqu’alors. Sont-ils liés à une actualité particulière ? Sans doute pas car des attentats d’une telle ampleur demande des mois de préparation et de repérages. Reste que des élections législatives se tiennent le 17 mai prochain. A quelques semaines de ce rendez-vous démocratique, il est important pour le GSPC de saboter les efforts de réconciliation nationale d'Abdelaziz Bouteflika et de ruiner sa promesse de mettre fin à la violence à l'intérieur des conurbations. Ce qui explique la violence de mercredi au coeur de la ville historique d'Alger.
La montée d’intensité de la violence rappelle le début de la guerre civile en Algérie. L’Histoire est-elle entrain de se répéter ?
Je ne crois pas. Lorsqu’en 1992, les élections remportées par les islamistes du Front Islamique du Salut (FIS) sont annulées par l’armée, l’Algérie est le lieu d’un important transfert d’armes qui permet aux islamistes de prendre le maquis. A l’époque, des réseaux saoudiens permettent de financer cet armement, d’autant plus que l’armée, qui souhaitait en découdre, a laissé faire.
Aujourd’hui, le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, qui a pris la succession du roi Fahd, est beaucoup plus ferme sur le financement de ces réseaux. D’autant plus que les Etats-Unis ont tapé du poing sur la table. Les quelque Saoudiens qui continuent de financer le terrorisme le font prioritairement en Irak.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer
(1) Geopolitique.com, partenaire de 20minutes.fr, il livre une chronique hebdomadaire.