Des manifestants du mouvement anti-islam et anti-réfugiés Pegida à Dresde en Allemagne le 22 décembre 2014
Des manifestants du mouvement anti-islam et anti-réfugiés Pegida à Dresde en Allemagne le 22 décembre 2014 - Kay Nietfeld DPA
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Dresde, mais aussi Würzburg, Düsseldorf, Bonn, Cologne, Munich ou même Berlin. Ce lundi comme chaque lundi soir depuis la mi-octobre le collectif Pegida appelle les Allemands à participer à ses manifestations anti-islam à partir de 18h30.

Ce mouvement protestataire de «patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident» («Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes», en allemand) est né en octobre à Dresde, dans l’est du pays. Son initiateur, Lutz Bachmann, est un photographe et graphiste de 41 ans plusieurs fois condamné à de la prison ferme ou avec sursis pour des cambriolages, des braquages ou du trafic de cocaïne.

Agacé de voir à la télévision Kurdes et salafistes s’affronter dans les rues de plusieurs villes allemandes, il organise le 20 octobre avec quelques amis, une marche pacifique contre l’islamisme. Annoncée sur les réseaux sociaux, la manifestation réunit environ 500 personnes, qui disent refuser l’islamisation, les djihadistes ou les étrangers qui ne s’intègrent pas et menacent ainsi la «culture chrétienne allemande».

«C’est de l’Agitprop»

«Ces manifestations sont nées dans l’Est, où il y a seulement 2% d’émigrés, et pas l’ombre d’un “péril d’islamisation“», souligne Werner Zettelmeier, chargé de recherches au Cirac. «Les arguments de Pegida ne reposent sur aucun fait, mais misent sur la corde sensible, sur les émotions. Ce mouvement avant tout populiste joue sur l’aversion des élites, du gouvernement…  C’est de l’Agitprop

Pourtant, le mouvement prend. Chaque lundi, dans les rues de Dresde et de plusieurs autres villes du pays, ses «promenades» pacifiques -rappel des «Montagsdemonstrationen» en Allemagne de l'Est à la fin 1989- rassemblent de plus en plus.

Un attrait que Werner Zettelmeier explique d’abord par la présence en Allemagne d’un «courant xénophobe, raciste, hostile à l’immigration». Selon un sondage Forsa pour le magazine Stern, 13% des Allemands seraient prêts à participer à une marche de Pegida si elle était organisée dans leur ville. «Selon divers sondages, il y a 10 à 15% de la population allemande qui a des opinions populistes. Ce chiffre peut donc correspondre à une réalité mouvante de la société.»

Contre-manifestations

De plus, note le chercheur, «la conjoncture internationale fait qu’une “peur de l’islamisme“ peut préoccuper les gens». Enfin, il souligne qu’il n’y a pas, Outre-Rhin, de parti qui puisse canaliser ces idées, «même s'il y a actuellement à la tête du parti europhobe Alternative pour l'Allemagne (AfD) une lutte pour se recentrer vers les thèmes plus classiques de l’extrême droite».

L’extrême droite néonazie tente également de s’associer ou d’encadrer le mouvement, mais Pegida reste «assez spontané et ne semble pas structuré, sans vrai programme. En cela, il est difficile de dire si cela va durer», rappelle l'expert.

La société allemande et les autorités n’ont pas attendu pour réagir. Angela Merkel a ainsi exhorté les Allemands à ne pas participer aux manifestations de Pegida -des gens au «cœur rempli de préjugés, de froideur, voire de haine»- dans son allocution du Nouvel An, mercredi soir. Et des contre-manifestations antiracistes mobilisent bien plus de monde contre le racisme et l'exclusion. Ce lundi soir, comme l’avaient déjà fait les responsables de l'Opéra Semper, à Dresde, les lumières de la cathédrale de Cologne resteront éteintes entre 18h30 et 21h, en signe de désapprobation.

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