Heurts en Libye entre des combattants de Fajr Libya, une coalition de milices islamistes, et les forces armées libyennes, le 30 décembre 2014, près de la base militaire de Wetia, proche de Tripoli
Heurts en Libye entre des combattants de Fajr Libya, une coalition de milices islamistes, et les forces armées libyennes, le 30 décembre 2014, près de la base militaire de Wetia, proche de Tripoli - Mahmud Turkia AFP

Toujours pas de solution. Alors que la réunion de dialogue entre les parties en conflit en Libye, prévue initialement ce lundi par la mission de l'ONU dans le pays (UNSMIL), a été renvoyée sine die, milices islamistes et armée régulière continuent de s’affronter. La dégradation sécuritaire menace la stabilité de la région.

Que se passe-t-il en Libye?

Après les élections législatives de juin, les milices islamistes (Frères musulmans, Ansar Asharia,…) ont pris le contrôle de Tripoli et d’une zone qui s’étend le long de la frontière avec la Tunisie. Le Parlement élu et le gouvernement reconnus par la communauté internationale ont dû s’exiler à Tobrouk, près de la frontière égyptienne, et un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement ont pris le pouvoir en août dans la capitale. «Les islamistes n’ont pas joué le jeu démocratique, et ont pris par la force ce qu’ils avaient perdu par les urnes», explique Riadh Sidaoui, directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales à Genève (Suisse).

Qui sont les protagonistes?

Le Parlement -élu en juin et invalidé par la Cour suprême le 6 novembre- et le gouvernement «légitimes» s’appuient sur la région de l’Est du pays et l’armée régulière, composée d’une coalition de brigades -notamment celles du général Haftar-, mais aussi de différentes tribus et d’anciens partisans de Kadhafi. Ils sont soutenus par l’Egypte, les Emirats arabes unis et les puissances occidentales. Face à eux, le Congrès général national (CGN), l'ancien Parlement dominé par les islamistes, a repris du service sous l'impulsion d'une coalition de milices, Fajr Libya (Aube de la Libye), qui a installé un gouvernement parallèle à Tripoli. «Le Qatar, la Turquie, et le Soudan les appuient financièrement et leur fournissent des armes», selon Riadh Sidaoui. Les premiers ont pour objectif de libérer Tripoli et la région de l’Ouest, alors que les seconds tentent d'étendre leur influence en cherchant à s'emparer des richesses pétrolières du pays.

L’armée libyenne peut-elle battre les milices islamistes seule?

«Elle le pourrait, mais cela prendra énormément de temps», juge Riadh Sidaoui, pour qui une intervention de la communauté internationale ne doit plus se faire attendre. «Face à des milices terroristes, on ne peut pas jouer la neutralité, il faut soutenir le gouvernement légitime.» Selon le spécialiste, «il suffit d’appuyer l’armée avec des raids aériens, une fourniture d’armes, un appui logistique...».

Le chaos libyen risque-t-il de se propager dans la région?

Tout à fait. Le chaos libyen a permis le développement de camps d’entraînement terroristes, notamment à Derna. «Cela menace aujourd’hui la stabilité de plusieurs pays de la région, déjà fragiles -Tunisie, Algérie, Egypte…- et pourrait bientôt constituer un risque pour le sud de l’Europe», martèle Riadh Sidaoui. «Si on laisse faire, nul doute que les terroristes vont monter en puissance.»

Comment réagit la communauté internationale?

La dégradation de la situation sécuritaire en Libye inquiète: le G5 Sahel -Tchad, Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger- a réclamé mi-décembre une intervention internationale «pour neutraliser les groupes armés», et une réunion «urgente» de la Ligue arabe se tient ce lundi pour discuter du terrorisme et des «dangereux développements que connaît la Libye».

Cependant, aucune intervention internationale n’est à l’ordre du jour, comme l’a dit ce lundi François Hollande, qui a cependant souligné que la base française en cours d'installation à Madama (Niger), servira à frapper les djihadistes «à chaque fois qu'ils sortiront des lieux où ils se sont cachés».

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