L’affront très mondain du roi Abdallah à la Maison Blanche

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Publié le 8 avril 2007.

DIPLOMATIE - Chaque semaine retrouvez la chronique de Bernard Estrade de geopolitique.com

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Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a décliné l’invitation du président américain George W. Bush au dîner d’Etat qui devait être organisé en son honneur à la Maison Blanche, à l’occasion de sa visite officielle à Washington la semaine prochaine. Ce camouflet infligé par le souverain saoudien, à la fois un allié stratégique des Etats-Unis et un ami personnel de la famille Bush, donne la mesure de l’échec de la politique américaine au Proche-Orient et dans le Golfe.
 
Le roi Abdallah n’en est pas resté là: clôturant le sommet des chefs d’Etat arabes à Riyad la semaine dernière, il a qualifié la présence militaire américaine en Irak «d’illégitime occupation étrangère à l’ombre de laquelle le sang des frères irakiens est versé»; un véritable coup de tonnerre diplomatique largement relayée par la presse arabe.
 
Et il a souligné que l’avenir de la région ne devait pas être façonné par des mains étrangères. La déclaration solennelle a provoqué les protestations étonnées et embarrassées d’un département d’Etat pris de court par cette condamnation sans appel.

Croissant chiite

Peut-être trop confiant dans leurs relations avec la famille royale saoudienne, les Etats-Unis tentent depuis déjà plusieurs mois de l’enrôler avec d’autres pays arabes  «modérés» dans une alliance dirigée contre l’Iran,  qui à ce jour tire encore quelques bénéfices de leur catastrophique intervention en Irak. Fidèle au principe «diviser pour régner», Washington voudrait catalyser un front des pays musulmans sunnites contre les dangers d’un «croissant chiite» - largement mythifié - qui s’étendrait de Karachi à Beyrouth en passant par Téhéran.
 
Outre l’Arabie saoudite, l’Egypte et la Jordanie, cette coalition compterait aussi Israël et la Turquie et, bien évidemment, les Etats-Unis dont l’influence et la présence dans la région se trouveraient ainsi assurées pour tout l’avenir  prévisible.
 
Il ne semble pas que le roi Abdallah ait été convaincu par cette stratégie: ni par le vice-président Dick Cheney qui a effectué une mystérieuse visite en Arabie saoudite en novembre dernier ni par Condoleezza Rice qui multiplie les tournées dans la région.
 
Financement d'islamistes

Le vieux souverain a ainsi officiellement reçu en son palais d’Arabie le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ainsi que le président syrien Bashar al-Assad, l’autre «bête noire» des Etats-Unis tous deux condamnés  par le président Bush au boycottage diplomatique.
 
Et, prenant encore le contre-pied de la position américaine dans le conflit palestino-israélien, il est intervenu pour que le Hamas continue à être présent au sein du gouvernement palestinien.
 
L’Arabie saoudite reste aussi, cinq ans après les attentats du 11 septembre, la principale source de financement pour les mouvements islamistes fondamentaux actifs en Irak, certes par l’entremise de structures étrangères aux premiers cercles de la famille royale.
 
Cependant, pourquoi le vieux roi Abdallah s’emploierait à neutraliser ces réseaux-là, et à changer de cap au sujet du Hamas, aussi longtemps que le locataire en sursis de la Maison Blanche cherche à redessiner la région selon des plans qu’il désapprouve? Autant le paralyser, et parfois même, au grès d’une invitation à dîner, autant le toiser.
©www.geopolitique.com/be pour 20 minutes
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