Capture Youtube de Cheikh Haron, le preneur d'otage de Sydney.
Capture Youtube de Cheikh Haron, le preneur d'otage de Sydney. - Capture Youtube / 20 Minutes

Son nom était Man Haron Monis et il s'autoproclamait Cheikh. Sur les réseaux sociaux, il se faisait tout simplement appeler «Cheikh Haron». Cet homme qui a réclamé aux négociateurs un drapeau de l'Etat islamique a été tué dans l'assaut des forces de l'ordre australiennes qui a mis fin à la prise d'otages d'une vingtaine de personnes dans le centre de Sydney ce lundi.

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Mais Man Haron Monis est loin d’avoir le profil type du terroriste islamiste aguerri, comme, probablement, les négociateurs l'ont pressenti en relevant que ses revendications étaient très disparates. Il voulait à la fois parler au Premier ministre Tony Abott et réclamait un drapeau de l'Etat islamique.

Ce réfugié iranien de 49 ans n'est toutefois pas un inconnu des services de police australiens ni même des Australiens, à en juger par la page wikipedia qui lui est consacrée: il a été inculpé en novembre 2013 pour complicité dans l’assassinat de son ex-femme, rapportent les médias locaux. Au moment de la prise d'otages, il était en liberté sous caution pour cette affaire. Plus récemment, il a été condamné pour avoir envoyé des lettres d'injures à des familles de soldats australiens morts en Afghanistan, une intervention qu'il réprouvait. Dans ce dossier, il a été condamné à 300 heures de travaux d’intérêt général, tandis qu'à son procès, il s’est défendu en expliquant que ces lettres étaient ses «condoléances» personnelles.

Guérisseur et spécialiste de magie noire

Mais ce n’est pas tout: cet automne Man Haron Monis a également été poursuivi dans une quarantaine de cas d’agressions sexuelles. Des affaires remontant à 2002 lorsqu’il se présentait comme un «guérisseur spirituel», un as de l’astrologie, de la numérologie et de la magie noire… A l'époque, il expliquait que ces condamnations et affaires avaient des motivations «politiques».

Sur son propre site Web (suspendu désormais par les autorités), il développait: «Comme le gouvernement australien ne peut pas tolérer l'activité de Cheikh Haron, il tente de porter atteinte à son image avec de fausses accusations, et en faisant pression pour qu’il arrête ses activités et qu’il garde le silence. Mais si Dieu le veut, Man Haron Monis n’arrêtera pas ses actions contre l’oppression», a-t-il par exemple écrit. Il avait renié le chiisme pour se convertir au sunnisme, et encensait l'Etat islamique, dont il a réclamé un drapeau lors de ses négociations avec les autorités australiennes. Sur son fil Twitter notamment, il a plusieurs fois mis en avant les actions de Daesh, relayant des informations plus ou moins fantaisistes selon lesquelles le mouvement n'arrête pas de grandir ou qu'il a l'arme nucléaire.

Une présence très fournie sur les réseaux sociaux qui va de paire avec son envie de se mettre en scène dans les médias, notamment en se montrant enchaîné sur les marches du palais de justice de Sydney.

Lettres à Barack Obama et la reine Elizabeth

Sur la page d’accueil de son site, une citation a été mise en exergue le 14 décembre, soit la veille de la prise d’otages: «L'islam est la religion de paix, c’est pour cette raison que les musulmans se battent contre l'oppression et le terrorisme des Etats-Unis et de ses alliés, y compris au Royaume-Uni et en Australie. (…) Plus vous combattez le crime, plus vous êtes pacifique. L’Islam veut la paix sur terre (…).»

 Man Haron Monis se mettait aussi en scène, comme un militant de la paix, qui a lancé une campagne de lettres pour la promouvoir, notamment en écrivant à Barack Obama ou la reine Elizabeth II.

En tout état de cause, beaucoup s'interrogent en Australie sur le fait que Man Haron Monis a pu être laissé en liberté vu son pedigree et se demandent comment il a pu ne pas être suivi par les services de renseignements.

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