Un Tunisien qui vient de voter à l'ambassade de Tunisie au Caire montre son doigt marqué à l'encre devant un drapeau tunisien; le 25 octobre 2014.
Un Tunisien qui vient de voter à l'ambassade de Tunisie au Caire montre son doigt marqué à l'encre devant un drapeau tunisien; le 25 octobre 2014. - Hassan Ammar/AP/SIPA

De notre envoyé spécial en Tunisie

Envie de tourner la page. Quatre ans après la fin de la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, une nouvelle étape majeure de la transition démocratique tunisienne se joue dimanche 21 décembre avec le deuxième tour de l’élection présidentielle. C’est en effet la première fois que les Tunisiens élisent librement leur chef de l'Etat alors que l’ancien dictateur se faisait réélire régulièrement avec des scores dépassant les 90%.

«La reconfirmation de la démocratie»

«Le moment est historique. Après la Révolution, c’est la reconfirmation de la démocratie. C’est la première fois qu’on ne connaît pas le résultat à l'avance», estime Amel Karboul, la ministre du Tourisme.

Amel Karboul, ministre du Tourisme de Tunisie.

«Nous sommes en train de faire quelque chose d'aussi important que la chute du mur de Berlin. Nous sommes en train de construire la démocratie la plus rapide de l’Histoire de la démocratie et la moins chère en vie humaine, s’enthousiasme Karim Ben Smaïl, le responsable de Cérès Editions frappé par des décennies de censure. Mais tout est fragile».

La fin de la campagne électorale est en effet très tendue comme l’illustre la présence importante de forces de l’ordre à Tunis. Selon les autorités, de nombreux attentats djihadistes ont été déjoués, lors de ce processus électoral qui a débuté avec les législatives du 26 octobre suivi par le premier tour de la présidentielle le 23 novembre.

Attaques entre les deux candidats

Quant aux deux candidats, le président sortant Moncef Marzouki, et le chef du parti anti-islamiste Nidaa Tounès Béji, Caïd Essebsi, sorti vainqueur des législatives, ils ne cachent pas leur animosité.

Béji Caïd Essebsi, chef du parti laïc Nidaa Tounès, le 23 novembre 2014.

Si le militant des droits de l'Homme,  Moncef Marzouki, estime avoir empêché le chaos par son alliance avec les islamistes d'Ennahda, il n’hésite pas à accuser son adversaire de 87 ans d'être un représentant de l'ancien régime. Ce dernier présente son rival comme le candidat des «islamistes», voire même des «salafistes djihadistes».

Le président tunisien Moncef Marzouki à Tunis le 29 octobre 2013

Des attaques qui risquent de ne pas mobiliser davantage les 5,3 millions d’électeurs. Lors du premier tour, l’élection n’avait attiré que 63% des inscrits. Un score faible qui s’explique notamment par la faible participation des jeunes. «Ils se sentent délaissés. Ils sont désenchantés», analyse Neila Ben Zina, jeune chef d’entreprise spécialisée dans les systèmes d’information. Un jeune diplômé sur trois est sans emploi.

«Le vieux plutôt que le fou»

Malgré tout, Soumaya, 29 ans, ira voter. Elle donnera sa voix «au vieux plutôt qu’au fou. L’avantage c’est qu’il ne fera pas plus d’un mandat».

Soumaya, 29 ans, à Tunis, le 3 décembre 2014.

Outre la sécurité, le chef de l’Etat et le nouveau gouvernement devront prendre la situation économique à bras-le-corps. «Pour se faire réélire ils vont être obligés de s’intéresser aux déshérités et aux jeunes», estime Marco Berrebi, un serial entrepreneur féru de dialogue par l’art et qui a collaboré avec le photographe JR.

Ces nouveaux dirigeants auront cinq ans pour faire leur preuve. Et faire que la Tunisie, comme le souhaite Amel Karboul, soit bel et bien un exemple pour la région et «non une exception».

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