IRAN – David Rigoulet-Roze décrypte pour 20minutes.fr l’affaire des otages britanniques…
David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyses stratégiques (
Ifas), est spécialiste de l’Iran. Il décrypte pour www.20minutes.fr l’affaire des otages britanniques.
Comment s’est passée l’arrestation des quinze marins britanniques vendredi 23 mars sur le fleuve Chatt al-Arab?
Cette arrestation a sans doute été orchestrée à l’avance. Les quinze marins, sous mandat de l’ONU, ont été pris en otage par les
gardiens de la Révolution (Pasdaran), le bras armé idéologique du régime islamique, dont est issu le président Mahmoud Ahmadinejad. Or, on peut difficilement douter de la mauvaise foi des Britanniques quand ils affirment que leurs marins naviguaient dans les eaux territoriales irakiennes. De toute façon, même s’ils s’étaient retrouvés dans les eaux iraniennes par erreur, l’incident se règle généralement à l’amiable. Le motif de la prise en otage dépasse donc largement la question frontalière.
Qu’est-ce qui a motivé cette prise d’otages alors?
Le vote de nouvelles sanctions à l’ONU sur le dossier nucléaire le lendemain de l’enlèvement a sans doute joué, mais pas seulement. Avec la guerre en Irak, la tension est croissante dans la région. Le jour même de la prise d’otages, un officier britannique avait accusé l'Iran de financer et d'armer les insurgés dans le sud de l'Irak. Quant aux Etats-Unis, alliés historiques des Britanniques, ils détiennent cinq Iraniens accusés de collusion avec des insurgés et continuent des manoeuvres navales au large des côtes iraniennes.
Avec cet enlèvement, l’Iran reprend donc la situation en main?
L’Iran certes mais surtout le président Ahmadinejad. Il a récemment été critiqué par le clergé chiite et le Parlement pour son attitude dans le dossier nucléaire, qui renforce l’isolement du pays sur le plan international et aggrave sa situation économique: l’inflation atteint des records et le niveau de vie s’érode. Avec cet enlèvement, Ahmadinejad réaffirme son autorité en menant la communauté internationale en bateau et en faisant monter les cours du pétrole. Au risque cependant d’isoler un peu plus l’Iran.
Comment sortir de la crise puisque chacun campe sur ses positions?
Cela paraît difficile, d’autant plus qu’il n’y a pas de centre décisionnel unique en Iran. Entre le corps des gardiens de la Révolution qui soutient le président, le Parlement et le clergé, qui le désavouent, et l’assemblée d’experts, composés de religieux, le pouvoir est éclaté, rendant les négociations difficiles. Le revirement sur la libération de la femme en est la preuve. Le ministre des Affaires étrangères dit oui, le général Afshar, membre des gardiens de la Révolution dit non. La solution viendra peut-être du guide de la Révolution, Ali Khamenei, qui représente l’autorité suprême.
Propos recueillis par Catherine Fournier