Décapitation de Peter Kassig: «Une mise en scène presque hollywoodienne»

TERRORISME Les terroristes de Daesh sont montés d'un cran dans l'ultraviolence avec l'assassinat filmé de 18 soldats syriens et d'un Américain...

Fabrice Pouliquen

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La vidéo publiée ce dimanche met en scène à l'extrême des décapitations de soldats syriens et d'un travailleur humanitaire américain. Ces exécutions ont été revendiquées par le groupe Etat islamique.

La vidéo publiée ce dimanche met en scène à l'extrême des décapitations de soldats syriens et d'un travailleur humanitaire américain. Ces exécutions ont été revendiquées par le groupe Etat islamique. — Capture d'écran

«La vidéo monte encore d’un cran dans l’ultraviolence», commente Abdelasiem El Drifaoui, docteur en sciences politiques, spécialiste de la propagande islamique, et auteur de Al-Qaida par l'image. Le groupe Etat Islamique (EI) a mis en ligne ce dimanche une nouvelle vidéo de quinze minutes mettant en scène des décapitations.

18 soldats de l'armée syrienne et l'Américain Peter Kassig

La séquence commence par un historique sur la naissance en Irak de l'EI, qui était auparavant lié à Al-Qaida, puis évoque le début de son implication dans la guerre en Syrie avant de montrer la décapitation de 18 «soldats de Bachar».

Dans la dernière partie, un djihadiste masqué apparaît avec, à ses pieds, ce qui pourrait être la tête de l'otage américain Peter Kassig. «C'est Peter Edward Kassig, un citoyen américain de votre pays», affirme en tout cas l’homme à l’écran, à l’accent britannique (les Etats-Unis n'ont pas encore confirmé l'authenticité de la vidéo). Il lie cette exécution à l'envoi de conseillers américains pour aider les troupes irakiennes dans leur guerre contre l'EI. Peter Kassig, 26 ans, était un ancien ranger de l'armée américaine reconverti dans l'humanitaire.

>> Qui était Peter Kassig, l'Américain exécuté par l'Etat islamique?

Une scénarisation presque hollywoodienne

Ces exécutions médiatisées ne sont pas une première. Avant Peter Kassig, l'EI avait déjà revendiqué l’exécution de quatre Occidentaux depuis août. «L’organisation terroriste n’est pas non plus à sa première exécution de masse, rappelle le politologue Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes et auteur de Tsunami arabe. Cet été déjà, le groupe avait diffusé des images de soldats de l’armée syrienne exécutés près de Racca (nord de la Syrie)». Des têtes de soldats décapités avaient même été plantées sur des poteaux de la ville en guise de trophées.

«Mais dans cette vidéo publiée dimanche, la mise en scène est poussée bien plus loin», observe Abdelasiem El Drifaoui. «Plusieurs caméras filment la scène et multiplient les angles de vue», note Antoine Basbous. A cela s'ajoutent la qualité de l’image, les gros plans, les ralentis, les bruitages lorsque les bourreaux s’emparent un par un de leur couteau… «Il y a presque un côté film d'horreur hollywoodien dans ces images, reprend le spécialiste. A chaque décapitation, on a l’impression que l’EI cherche à monter d’un cran dans l’insupportable pour éviter que les exécutions ne se banalisent.» 

Un instrument de terreur contre la population locale?

Car ces décapitations médiatisées sont un outil de communication puissant aux mains des islamistes. «Cette nouvelle vidéo vise sans doute à répondre à la visite surprise du général Martin Dempsey, chef d‘état-major de l’armée américaine, à Bagdad samedi. L'EI veut aussi montrer qu’elle est toujours debout malgré les revers relatifs enregistrés ces dernières semaines à Kobané (ville du nord de la Syrie défendue par les soldats kurdes, ndlr) ou à Baïji (Irak)», explique Antoine Basbous. 

Incitera-t-elle également les adversaires de l’EI à baisser les armes? «Elles ne pousseront sans doute pas les Etats-Unis et les autres forces occidentales à stopper leurs interventions en Syrie, poursuit Abdelasiem El Drifaoui. Mais ces vidéos sont aussi bien sûr diffusées localement et ont un impact redoutable sur les populations locales en instaurant la terreur.» Cela ne marche toutefois pas à tous les coups. «L’EI avait exécuté 700 personnes d'une tribu syrienne cet été et 600 autres membres d’une tribu Bounemer, en Irak, il y a deux semaines, rappelle Antoine Basbous. Or ces deux tribus continuent toujours de se soulever contre l'organisation terroriste.»