ALGERIE – L’homme d’affaires sulfureux a été jugé par contumace…
Prison à vie pour l'ex «golden boy» algérien. Rafik Khalifa a été condamné, jeudi matin, à la détention à perpétuité par le tribunal criminel de Blida (sud d'Alger) dans le procès de Khalifa Bank. Réfugié à Londres, il était jugé par contumace.
Le businessman a été condamné pour «association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, faux et usage de faux». Il est sous le coup d'un mandat d'arrêt international, délivré par l'Algérie qui demande son extradition. Tous ses biens devraient être saisis, comme ceux de ses co-accusés.
«Affaire d’Etat»
Ce procès a mis en lumière le plus gros scandale financier d’Algérie. Corruption, graves dysfonctionnements administratifs et complaisance de politiques ont figuré au coeur des débats. Pour la première fois en Algérie, des ministres, des responsables syndicaux, ainsi que des chefs d'entreprises publiques, ont été appelés à la barre comme témoins. Et parmi les 104 accusés, Abdennour Kéramane, ancien gouverneur de la banque centrale d’Algérie et son frère Abdelwahab Kéramane, ancien ministre de l’Industrie (lire l’encadré).
Avantages occultes
Le procès a révélé, qu'outre une rémunération au-dessus du taux de marché, Khalifa Bank consentait des avantages occultes aux détenteurs des comptes bancaires les plus fournis: cartes de crédit, cartes de soins, billets d'avions, gratifications en nature.
La banque avait aussi réussi à attirer les dépôts de grandes institutions algériennes, notamment l'agence immobilière de l'Etat, la caisse de retraite et d'autres caisses sociales. A son apogée, le groupe Khalifa dans son ensemble affichait un milliard de dollars de chiffre d’affaires. Jusqu’au jour où tout s’est écroulé.
«Laxisme» des autorités
À l’origine de la banqueroute de l’empire Khalifa, en 2002, la décision de l’Etat algérien de geler les opérations de la banque après avoir décelé des malversations. Puis l’arrestation de trois dirigeants du groupe alors qu’ils essayaient de sortir deux millions d’euros dans des valises a précipité la chute de l’empire. La faillite de la banque a coûté entre 1,5 et 5 milliards de dollars aux épargnants et à l’Etat algérien.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de Rafik Khalifa ont mis en cause le «laxisme» des autorités et notamment de la Banque d'Algérie, sans laquelle le magnat n'aurait pas pu édifier son empire. Dans des déclarations à la presse, Rafik Khalifa avait affirmé d’ailleurs, avant la tenue du procès, que sa faillite était une affaire d’Etat, sans donner plus d’explications.
La Khalifa Bank n’est que l’épine dorsale du groupe éponyme et ce procès n’était que le premier d’une longue série. À venir, ceux de Khalifa Airways et des autres filiales du groupe.
CO-ACCUSES
Parmi les co-accusés du magnat déchu, l'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie Abdelawahab Keramane, ainsi que cinq autres inculpés, ont été condamnés à 20 ans de prison ferme.
L'épouse de Rafik Khalifa, Nadia, a été pour sa part condamnée à 10 ans de prison, ainsi que l'ancien ministre de l'Industrie, Abdennour Keramane, et sa fille Yasmine, ancienne représentante de Khalifa Airways à Milan. Le tribunal a ordonné par ailleurs la saisie des biens de tous ces condamnés.