Barack Obama dans la Situation Room de la Maison Blanche, le 28 juillet 2014
Barack Obama dans la Situation Room de la Maison Blanche, le 28 juillet 2014 - P.SOUZA/WHITE HOUSE

A 10 jours des Midterms du 4 novembre, la question n'est presque plus de savoir si les démocrates vont perdre le Sénat, mais avec quel écart. Entre une situation économique toujours fragile, la peur d'Ebola et de Daesh (Etat islamique), c'est presque mission impossible pour Obama. 20 Minutes fait le point avec des experts américains.

Les élections de la mi-mandat, c'est quoi?

Deux ans après l'élection du président, les Américains votent pour renouveler l'ensemble de la Chambre des représentants (l'équivalent de l'Assemblée nationale) et un tiers du Sénat. Il y a également de nombreux scrutins locaux (gouverneurs, maires, juges). A l'heure actuelle, les républicains contrôlent confortablement la Chambre. Les démocrates, eux, tiennent le Sénat, mais à une courte majorité de cinq sièges.

Le Sénat, c'est fichu pour les démocrates?

C'est mal engagé. «Les républicains ont 85% de chance de le contrôler», estime Phillip Ardoin, professeur de sciences politiques à l'Appalachian State University et auteur de la revue PS: Political Science&Politics. Traditionnellement, le parti du président au pouvoir perd toujours quelques sièges à la mi-mandat, et c'est encore pire cette année. Car avec des sénateurs élus pour six ans, les 36 Etats en jeu sont ceux du raz-de-marée de la première élection d'Obama de 2008. Samuel Wang, expert en statistiques de Princeton –le seul avec Nate Silver à avoir prédit avec justesse les 50 Etats en 2012– est toutefois plus mesuré. Son modèle d'analyse des sondages donne le Sénat aux Républicains à 60%. «C'est presque comme pile ou face», tempère-t-il. «Il suffit que les sondages nationaux se trompent de 2% et les démocrates conservent le Sénat.»

Un peu de maths...

Le Sénat compte 100 sièges. La majorité absolue se situe donc à 51, car à 50-50, c'est le vice-président, le démocrate Joe Biden, qui joue l'arbitre. Les républicains ont pour l'instant 45 sièges. Ils ont besoin d'en gagner six. Ils se sont concentrés sur sept Etats reconquis par Mitt Romney en 2012. Sauf qu'ils ont délaissés trois autres Etats traditionnellement républicains (Géorgie, Kansas et Dakota du sud), désormais fragiles. Phillip Ardoin estime cependant que la stratégie sera payante. Selon lui, «les républicains y enverront de l'argent en cas de besoin».

Des candidats républicains un peu moins extrêmes

On compte moins de candidats issus du Tea Party qu'en 2012. En Géorgie ou au Kansas, notamment, après des batailles sanglantes, des républicains «classiques» se sont imposés lors des primaires. Les programmes restent très à droite et «idéologiquement très proches», note Sam Wang, mais ces candidats effraient en général moins les électeurs indépendants. Globalement, les républicains sont cette fois plus disciplinés. Il n'y a pas eu de dérapage majeur sur le viol ou l'avortement, comme avec Todd Akin en 2012, ou de distraction comme Christine «Je ne suis pas une sorcière» O'Donnell en 2010.

Obama, un boulet pour les démocrates

Seulement 41,2% des Américains approuvent la gestion d'Obama, selon la moyenne de RealClearPolitics. Le président est dans le rouge depuis la mi-2013 et ne parvient pas inverser la courbe de son impopularité. La faute, notamment aux couacs de sa réforme de la santé, et à une situation économique toujours fragile. Si le chômage a baissé de 10,2%, au pire de la crise, en 2009, à 5,9% aujourd'hui, il y a beaucoup d'emplois précaires et à temps partiel. Ajusté sur l'inflation, le pouvoir d'achat médian des foyers américains a baissé de 7,5% sous Obama, selon les calculs de Sentier Research. De quoi expliquer la quasi-absence du président sur le terrain pour soutenir les candidats démocrates.

Quid des deux prochaines années en cas de perte du Sénat?

Dans l'absolu, son action était déjà paralysée par une Chambre contrôlée par les républicains, mais il y aura encore plus de «blocage partisan», juge Phillip Ardoin. Obama sera notamment forcé de jouer de son droit de veto pour bloquer les projets de loi votés au Parlement et il devra choisir des juges plus modérés pour qu'ils soient confirmés au Sénat. Bref, dans cette éventuelle cohabitation à l'américaine, il sera un président boiteux («lame duck») avant l'heure.

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