Des jeunes Mexicains manifestent à Mexico, le 15 octobre 2014, après la disparition de 43 étudiants à Iguala.
Des jeunes Mexicains manifestent à Mexico, le 15 octobre 2014, après la disparition de 43 étudiants à Iguala. - OMAR TORRES / AFP

La disparition des 43 étudiants mexicains devient une affaire internationale. Ce jeudi, le procureur général de la République a indiqué qu’Interpol collaborait désormais avec la police mexicaine pour découvrir ce qui a bien pu se passer dans la ville d’Iguala, selon le journal Excelsior. Retour sur une affaire dans laquelle les zones d’ombre sont plus nombreuses que les certitudes.

Pourquoi ces étudiants ont-ils été attaqués?

Ces jeunes sont des élèves d’une école normale connue pour être un foyer de contestation. Le 26 septembre, ils reviennent d’une manifestation en compagnie de dizaines de camarades. Après s’être emparés de trois bus publics, ils tombent nez à nez avec la police municipale. S’en suit une fusillade à laquelle participent d’autres hommes armés. Bilan: six morts. La suite est racontée par des témoins et des vidéos, qui montrent l’arrestation d’une quarantaine d’étudiants. Selon l’enquête, le donneur d’ordre de cette répression serait le directeur de la sécurité publique d’Iguala, qui aurait demandé aux membres des Guerreros Unidos, un cartel spécialisé dans le trafic de drogue, d’aider les policiers municipaux. Mais la véritable instigatrice de cette manœuvre serait l’épouse du maire de la ville, sœur de narcotrafiquants des Guerreros Unidos, qui craignait que les étudiants ne perturbent l’un de ses discours.

Où sont désormais les étudiants disparus?

Après leur arrestation, ils auraient été confiés aux Guerreros Unidos. Deux membres du cartel sont d’ailleurs passés aux aveux début octobre. Après avoir fait descendre les étudiants du bus, ils disent s’être «emparés de 17 d’entre eux pour les transférer vers les hauteurs d’une colline de Pueblo Viejop [à Iguala]», où ils expliquent les avoir abattus, selon le procureur régional. La décision de les tuer aurait été prise par «El Chucky», un des chefs des Guerreros Unidos. Pourquoi? La police ne le précise pas. Mais Fabienne Malamout, responsable de la coordination Mexique à Amnesty International France, y voit «le règne de la terreur». «Ce n’est pas la première fois que des étudiants disparaissent ainsi, à cause de la police ou des cartels», indique-t-elle. Le sort des 26 autres étudiants qui n'auraient pas été abattus demeure, quant à lui, totalement flou.

Qui sont les 28 corps retrouvés?

C’est le mystère dans le mystère. Le 4 octobre, cinq fosses clandestines, dont l’emplacement a été indiqué par les deux mêmes membres du cartel, sont découvertes dans les montagnes autour d’Iguala. Là, 28 corps calcinés sont retrouvés. Ceux des étudiants disparus le 26 septembre? Non, ont dit les analyses ADN mardi. Et voilà les policiers menés malgré eux vers une nouvelle enquête parallèle pour déterminer qui sont ces 28 autres personnes… Désormais, ce seraient dix fosses, avec un nombre indéterminé de cadavres, qui seraient en cours d’analyse.  

Où sont passés les commanditaires de l’affaire?

Une cinquantaine de personnes, dont des policiers, des membres des Guerreros Unidos et des agents municipaux, ont été arrêtées. Mais les principaux responsables de l’enlèvement et du possible assassinat des étudiants courent toujours. Ou presque. Un des chefs du cartel s’est donné la mort mardi lors d’une opération de police. Le directeur de la sécurité publique d’Iguala, le maire et son épouse, quant à eux, sont en fuite. Si le gouvernement assure les rechercher activement, Fabienne Malamout émet quelques doutes sur la résolution des autorités: «Au Mexique, il y a 20.000 personnes disparues et l’impunité est de mise. Dans cette affaire, le président a quand même mis dix jours à prendre la parole…»

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