Le harcèlement des femmes dans les rues d'Egypte à coups de remarques obscènes, voire d'attouchements, n'est pas nouveau. Mais depuis la révolte qui a renversé Hosni Moubarak il y a deux ans, des manifestantes sur la place Tahrir et ses environs, dans le centre du Caire, sont régulièrement attaquées par des groupes d'hommes organisés.
Le harcèlement des femmes dans les rues d'Egypte à coups de remarques obscènes, voire d'attouchements, n'est pas nouveau. Mais depuis la révolte qui a renversé Hosni Moubarak il y a deux ans, des manifestantes sur la place Tahrir et ses environs, dans le centre du Caire, sont régulièrement attaquées par des groupes d'hommes organisés. - Gianluigi Guercia AFP

En Europe, le harcèlement de rue est désormais bien connu. En 2012, Sofie Peeters plantait sa caméra dans un quartier de Bruxelles pour dénoncer les remarques machistes, sexuelles et insultantes adressées par certains hommes à des passantes. Après la diffusion de son documentaire, les médias se sont emparés du sujet. Les citoyens aussi, notamment en France, où des collectifs se sont créés.

Mais le harcèlement de rue ne se cantonne pas à l’Europe. Sur tous les continents, les femmes s’en plaignent. C’est ce que révèle une enquête (1) menée par le groupe Mazars, qui a interrogé plus de 2.000 femmes à travers le monde. Muriel de Saint-Sauveur, l’auteure de l’étude, a été frappée par la récurrence des témoignages sur ce sujet, alors qu’elle questionnait ces femmes sur leur perception de l’égalité dans leurs vies personnelle et professionnelle.

Elle cite par exemple cette Brésilienne de 23 ans, qui estime que «les femmes endurent plus de harcèlement quant à leur façon de s’habiller». Ou la réaction de cette Slovaque trentenaire: «Quand je m’habille comme je veux, les hommes me manquent de respect». En Inde, il est même difficile de trouver une femme qui n’a pas été victime de harcèlement de rue. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Gaurika, une mère de deux enfants, à prendre des cours de self-défense.

Le monde musulman pas épargné

«Le droit de disposer de son corps semble donc universellement menacé», analyse Muriel de Saint-Sauveur. Et le monde musulman n’est pas épargné. «Le harcèlement sexuel a connu un essor incroyable depuis 15 ans», témoigne une Algérienne de 24 ans. En Tunisie, une jeune femme de 26 ans lâche même: «J’aimerais sortir seule la nuit, sans que personne ne me touche».

En Egypte, une trentenaire estime que dans son pays, «le rêve de toute jeune fille, c’est de porter une robe sans subir de harcèlement!». «Pour nous avoir accordé quelques droits, certains hommes se sentent lésés et se vengent mesquinement», analyse une Libanaise de 26 ans. 

Si ces actes sont surtout dénoncés par les 18-34 ans, ces dernières le vivent d’autant plus mal qu’elles placent le respect au sommet de leurs valeurs, au même niveau que la liberté. Mais le harcèlement de rue est-il vraiment en hausse? «Il est difficile de savoir si ces violences progressent ou si la conscience qu’en ont les femmes s’améliore», répond Fanny Benedetty, porte-parole du Comité national ONU Femmes France.

Sans compter que le quotidien des femmes a changé: la plupart d’entre elles ne sont plus limitées à la vie d’intérieur. «Aujourd’hui, elles travaillent et elles sortent, elles sont donc davantage confrontées à des hommes qui ne sont pas leurs proches», analyse Muriel de Saint-Sauveur.

La Belgique, seul Etat à avoir légiféré

Seule certitude: juridiquement, c’est toujours le vide. «La plupart des Etats ont un corpus juridique fort contre les violences physiques faites aux femmes, mais le harcèlement de rue n’est pris en compte nulle part du point de vue du droit, à l’exception de la Belgique», insiste Brigitte Grésy, membre du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en France.

Dans la foulée du documentaire de Sofie Peeters, le Plat pays légiférait en condamnant les harceleurs de rue à une amende de 250 euros. Et il vient de durcir sa loi: depuis le 3 août, les juges belges peuvent prononcer des peines allant d’un mois à un an de prison, assorties d’une amende pouvant atteindre les 1.000 euros.

(1) L’étude a été menée auprès de 2.382 femmes, de trois générations, dans 108 pays, par Mazars, en lien avec le Comité ONU Femmes France.

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