Libye: Pourquoi la France souhaite une action internationale

MONDE Le ministre de la Défense espère une mobilisation de la communauté internationale pour sortir le pays du chaos...

Thibaut Le Gal

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Jean-Yves Le Drian, le 4 août 2014 à Rennes

Jean-Yves Le Drian, le 4 août 2014 à Rennes — MIGUEL MEDINA

La France va-t-elle intervenir à nouveau en Libye? Jean-Yves Le Drian espère une mobilisation de la communauté internationale. Le ministre de la Défense devait alerter ses homologues européens ce mardi après-midi «sur la gravité de la situation en Libye», à Milan (Italie), à l’occasion d’une réunion informelle. Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, le pays est en proie à un chaos grandissant. 20 Minutes fait le point sur les raisons qui poussent la France à vouloir agir en Libye.

Un pays au bord de l’implosion

Depuis la chute de Kadhafi, le pays est en proie à des conflits religieux, tribaux et régionaux. «Les islamismes ont perdu les élections [en juin] et ne veulent pas céder le pouvoir. Ils souhaitent emporter par la force militaire ce qu’ils ont perdu par les urnes. La situation est chaotique car il n’y a pas d’Etat central, et on constate l’absence d’une armée nationale homogène qui pourrait sécuriser le pays et l’unifier», explique Riadh Sidaoui, directeur du Centre Arabe de Recherches et d’Analyses Politiques et Sociales à Genève (Suisse).

Dans le nord, les forces gouvernementales alliées à celles du général Khalifa Haftar affrontent les milices islamistes. «Deux coalitions objectives s’opposent. D’un côté, le général Haftar, avec les libéraux, et des anciens militaires kadhafistes. De l’autre, les Frères musulmans et des islamistes de tous bords ralliés aux djihadistes d’Ansar al-Sharia», résume le spécialiste. La prise de contrôle de Tripoli par des islamistes en août a obligé les institutions gouvernementales à fuir à Tobrouk, dans l’est du pays.

D’immenses stocks d’armes

Le sud du pays fait figure de sanctuaire pour les djihadistes chassés du Mali par l’opération Serval. «Comme nous le savons, le terrorisme s’installe toujours là où il y a un affaiblissement du pouvoir central», développe Riadh Sidaoui. «L’absence d’Etat fait qu’il n’y a pas de services de renseignements ni d’armée assez forte pour y faire face».

Ce qui inquiète particulièrement la France, c’est la présence d’armes. Un stock conséquent provenant de l’armée de Kadhafi et des largages effectués par la coalition occidentale pour aider les insurgés. «Il y a un stock d’armes énorme dans le pays. Un ancien Premier ministre estimait qu’il y avait de quoi armer sept pays d’Afrique. On remarque par ailleurs la présence de djihadistes venus du Mali, de Tunisie, d’Algérie, mais aussi de retour du front syrien. L’international islamiste existe bel et bien».

Pourquoi la France?

«Compte tenu du rôle de premier plan que la France a joué dans la mobilisation de l’Otan en Libye, il est assez logique qu’elle se sente impliquée dans la lente et inquiétante dégradation de la situation sécuritaire», constate François Burgat, directeur de recherche au CNRS. «Plus encore que l’instabilité dans le Nord du pays, c’est le risque de relance du conflit au Mali qui préoccupe prioritairement les Français. Les djihadistes chassés par leurs soins ont pu trouver refuge ​au sud d’un immense territoire libyen où, en l’absence de pouvoir central, les Français ne disposent désormais d’aucun levier d’action».

Une action militaire?

«Des rumeurs crédibles ont circulé il y a deux semaines sur une intervention des aviations égyptienne et émirati, avec sans doute un soutien saoudien, dans la banlieue de Tripoli au profit des milices mobilisées par le général Haftar», avance François Burgat. Une offensive armée serait en revanche «inadaptée sur le plan technique, et se heurterait plus encore à l’hostilité maintes fois exprimée des Algériens et des Tunisiens», poursuit-il.

«Personne ne voudrait envoyer des hommes sur le terrain face à des terroristes bien armés, bien entraînés, et déterminés à livrer bataille, confirme Riadh Sidaoui. «Il faut plutôt soutenir le camp démocrate, aider à la recréation d’une armée nationale et si besoin est soutenir par des raids aériens pour isoler les terroristes.»