VIDEO. Qu'est-ce qui pousse de jeunes Françaises à faire le djihad en Syrie?

TERRORISME Originaires de Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Vénissieux (Rhône), deux adolescentes de 15 et 17 ans auraient été arrêtées, mardi soir, alors qu’elles s’apprêtaient à partir en Syrie…

Vincent Vantighem

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Homs, Syrie, le 5 juin 2014. Une femme marche dans les rues dévastées de la ville de Homs.

Homs, Syrie, le 5 juin 2014. Une femme marche dans les rues dévastées de la ville de Homs. — Dusan Vranic/AP/SIPA

Elles ne se connaissaient que par le biais des réseaux sociaux. Mais, d’après la radio RTL qui a révélé l’information ce mercredi matin, elles partageaient la même envie de partir faire la guerre sainte. Deux adolescentes de 15 et 17 ans, originaires de Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Vénissieux (Rhône), auraient été arrêtées, mardi, alors qu’elles s’apprêtaient à s’embarquer pour la Syrie. Contacté par 20 Minutes, le parquet anti-terroriste de Paris, a simplement indiqué qu’il ne souhaitait pas «commenter cette affaire dans l’immédiat».

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Si l’information était confirmée, ces deux adolescentes ne seraient pas les deux premières candidates Françaises au djihad. En juin déjà, des parents d’Argenteuil (Val d’Oise) avaient découvert stupéfaits la lettre de leur fille de 14 ans qui annonçait son départ pour la Syrie afin de «se rapprocher de Dieu». «Nous avons recensé tellement de cas depuis deux ans que nous pouvons parler d’un véritable phénomène», confirme Mathieu Guidère, islamologue et agrégé d’arabe.

Il porte même un nom: «Hijra». «Littéralement, cela signifie l’émigration, renseigne Mathieu Guidère. Cela rassemble les jeunes femmes qui se sentent persécutées dans les pays occidentaux et veulent rejoindre un pays islamique afin d’y vivre leur religion comme elles l’entendent.»

«La guerre sainte, ce n’est pas un jeu vidéo»

«Ces adolescentes sont souvent victimes de mal-être et en quête d’identité, abonde Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. En rejoignant un Etat islamique, elles pensent qu’elles se sentiront mieux dans leur peau…» Mais la réalité est bien plus difficile que l’idée qu’elles s’en font.

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«Sur place, elles découvrent que c’est la guerre, tranche Mathieu Guidère. Il y a des bombardements. Il faut chercher de la nourriture. Et se déplacer sans cesse. La vie est très dure.» D’où une très grande désillusion. «Ces jeunes se rendent compte que la guerre sainte, ce n’est pas comme dans les jeux vidéo, abonde une source au sein des services français de lutte antiterrorisme. En outre, les jeunes femmes sont souvent cantonnées à des rôles subalternes.»

Mariée sur Skype avant de partir

Car impossible pour une femme de rejoindre la Syrie sans avoir obtenu au préalable un blanc-seing. «La plupart du temps, ces adolescentes sont mariées avant leur départ avec un combattant sur place via le service de vidéo en ligne Skype, indique encore Mathieu Guidère. A leur arrivée, elles doivent donc s’occuper de leur mari, lui faire à manger, le soigner…»


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Les réseaux sociaux sont en effet devenus le principal bureau d’engagement pour ces candidats à la guerre sainte. «Les groupes armés ont recruté de véritables chargés de communication qui s’occupent de recruter en ligne les jeunes femmes intéressées», poursuit l’islamologue. Que ce soit sur Facebook ou Twitter, le message est toujours le même: «Mes sœurs, rejoignez-nous pour vivre votre religion sereinement et soutenir nos combattants.»

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Et la France n’est pas le seul pays touché par le phénomène. «Cela va de la Belgique aux Etats-Unis, confie encore Jean-François Daguzan. Avec toujours un profil plus ou moins similaire.» A savoir des filles cultivées, brillantes, en révolte face à la société et surtout très jeunes.

La supercherie du djihad sexuel

Fin 2013, plusieurs témoignages de jeunes femmes assurant avoir dû satisfaire les besoins sexuels de centaines de combattants en Syrie sèment le trouble. La chaîne Al-Arabya se charge rapidement de démontrer que ces témoignages ne sont que des montages et des interviews trafiquées. Malgré les propos du ministre tunisien de l’Intérieur, le «djihad sexuel» s’avère n’être qu’une supercherie.