Un employé de MSF donne à manger à un enfant victime d'Ebola, le 15 août 2014 dans le centre de Kailahun, en Sierra Leone
Un employé de MSF donne à manger à un enfant victime d'Ebola, le 15 août 2014 dans le centre de Kailahun, en Sierra Leone - Carl de Souza AFP

Une situation «exceptionnelle»: chez Action contre la faim, l’été 2014 restera dans les mémoires comme une saison particulièrement maussade. Kurdistan irakien, Gaza, Syrie, République centrafricaine (RCA), pays touchés par le virus Ebola… «Nous n’avons jamais vu autant de crises graves simultanées avec autant de personnes réfugiées ou déplacées», assure Bruno David, porte-parole d’Action contre la faim (ACF). Mais si des millions de personnes dépendent de l’aide médicale ou alimentaire des ONG, ces dernières peinent à trouver des financements et des volontaires.

L’actualité s’additionne aux programmes réguliers

Médecins sans frontières (MSF) a ainsi été contraint de lancer un appel aux dons exceptionnel pour répondre aux urgences du moment: trente millions d’euros seront nécessaires pour assurer la présence des médecins de MSF à Gaza, dans les régions où sévit le virus Ebola mais aussi dans de nombreuses zones en Afrique. «Nous dépensons plus cette année qu’en 2013, confirme Benoit Leduc, directeur général adjoint de MSF. L’actualité s’additionne à nos programmes réguliers sur le VIH, la tuberculose, et aux crises chroniques sur lesquelles nous sommes encore très mobilisés, comme la RCA.»

Même constat chez ACF: l’association humanitaire, qui mène de front 22 missions dans le monde, manque de dons pour acheter du matériel et les produits alimentaires de base qu’elle distribue aux populations dans le besoin. «Les crises sur lesquelles nous travaillons apparaissent lointaines et complexes aux donateurs qui, avec la crise économique, ont tendance à se replier sur des crises de proximité», explique Bruno David, porte-parole d’ACF. Mais si l’ONG a besoin d’argent, elle a surtout besoin de bras: «Nous avons un besoin criant de personnel qualifié dans la nutrition, l’eau, l’hygiène, l’assainissement», énumère le porte-parole.

Rester impartial et indépendant

Des compétences pas toujours évidentes à trouver mais surtout des conditions de travail qui peuvent faire peur: le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) rappelle, à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, que 155 humanitaires ont été tués en 2013 dans l’exercice de leur fonction, 171 grièvement blessés et 134 enlevés. «Le terrain devient de plus en plus dangereux, reconnaît Gilbert Potier, directeur des opérations internationales à Médecins du monde. Le Kurdistan était considéré sûr il y a deux mois à peine…»

La présence de membres d’ONG dans les zones de conflits reste toutefois indispensable, notamment pour assurer une assistance neutre à toutes les populations, rappelle Stephan Oberreit, directeur d’Amnesty France. «Pour maintenir notre indépendance et notre impartialité, nous ne comptons que sur les cotisations de nos membres et les dons du publics. Sans cela, nous ne pourrions pas être dans un rapport de force avec les pouvoirs publics ou économiques et dénoncer les violations des droits de l’homme dont ils sont responsables», explique-t-il. Chez Médecins du monde, on revendique également la possibilité d’intervenir dans des zones de conflit sans faire appel à de grands bailleurs de fonds: «Nous sommes depuis près de deux mois en Irak, sans soutien de grands organismes de financement, déplore Gilbert Potier. Nous avons besoin d’acheter des médicaments. L’argent reste le nerf de la guerre.» Ou peut-être, dans ce cas, de la paix.

Mots-clés :