«Travailler dans l’humanitaire, c’est accepter un certain nombre d’incertitudes»

INTERVIEW Guillaume Foliot, directeur adjoint du bureau du PAM en Birmanie, raconte à «20 Minutes» son métier à l’occasion de la journée mondiale de l’aide humanitaire, célébrée ce mardi...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Guillaume Foliot, directeur adjoint du bureau du Programme alimentaire mondial (PAM) en Birmanie, en mai 2014.

Guillaume Foliot, directeur adjoint du bureau du Programme alimentaire mondial (PAM) en Birmanie, en mai 2014. — PAM / Rein Skullerud

A l’occasion de la journée mondiale de l’aide humanitaire, créée pour rendre hommage aux «héros humanitaires» qui viennent en aide chaque jour dans le monde à des millions de personnes, Guillaume Foliot, directeur adjoint du bureau du Programme alimentaire mondial (PAM) en Birmanie, raconte à 20 Minutes son métier.

En quoi consiste votre travail?

En Birmanie, le PAM mène plusieurs opérations, avec une équipe d’environ 300 personnes réparties entre Rangoun et dix autres bureaux pour un budget d’environ un million d’euros par semaine. Nous apportons une aide alimentaire aux populations victimes des troubles politiques qui peuvent persister, comme les violences interethniques qui ont fait depuis 2012 dans l’ouest quelque 120.000 déplacés, qui vivent toujours dans des camps.

Nous avons aussi des activités liées au sous-développement que connaît le pays, comme par exemple un programme de cantines scolaires, de vivres contre travail, de traitement de la malnutrition… Au quotidien, je supervise les opérations sur le terrain, je vois ce qui fonctionne ou pas, ce qui doit être ajusté et comment cela doit l’être… Il y a aussi une grosse partie de ressources humaines, d’achats, de logistique… En fait, je fais le même travail qu’un cadre supérieur dans une grande entreprise privée, mais dans un pays plus exotique et avec un mode de vie plus alternatif.

Comment avez-vous choisi cette carrière?

Vers 18-20 ans, quand le mur de Berlin est tombé et avec les guerres dans les Balkans qui ont suivi, je me suis dit qu’on entrait dans un monde nouveau et plus violent. Je ne voulais pas rester spectateur de ces changements, je voulais plutôt en être un acteur. J’ai réorienté mes études en fonction de ça -j’ai une maîtrise de sciences politique et un DESS en administration internationale- et après mon service militaire, j’ai commencé à travailler pour une ONG partenaire du PAM, qui distribuait la nourriture fournie par l’agence en Bosnie.

Puis, en 2000, j’ai été sélectionné par le ministère des Affaires Etrangères pour être mis à disposition d’une agence de l’ONU, ce qui m’a permis de faire le saut entre ONG et Nations Unies. J’ai été retenu par le PAM. Pendant deux ans, j’ai travaillé pour l’agence aux frais du ministère, puis elle a décidé de me garder. De là, j’ai connu une évolution de carrière, poste après poste, déterminée par les qualités qu’on nous reconnaît, par le système de notation, mais aussi un peu par la chance de voir un poste intéressant se libérer quand on doit soi-même changer de fonction.

Dans quels pays avez-vous travaillé?

Grâce à la politique de mobilité du PAM -qui nous oblige à bouger tous les trois ou quatre ans- j’ai travaillé à Rome, au Congo, au Burundi, et en Birmanie. De plus, l’agence étant l’une des premières mobilisées en cas de crise aiguë, nous pouvons aussi être déployés en urgence (en 72h) pour des missions d’un à trois mois. Je suis ainsi allé en Afghanistan et au Pakistan après le 11-Septembre, au Sri Lanka après le tsunami de 2004, au Liban à l’été 2006, à Haïti après le séisme de 2010, ou encore en RCA en mai dernier.

Que diriez-vous à des jeunes qui sont tentés par ce choix de carrière?

J’ai déjà eu l’occasion d’intervenir dans des universités où des étudiants suivent un cursus humanitaire. Je me suis toujours abstenu de leur tenir un discours condescendant, de leur dire de faire attention… Mais je n’étais pas non plus trop encourageant quand certains ne semblaient pas prêts à accepter une part de flexibilité dans leur vie, notamment personnelle.

Même si je suis aujourd’hui marié et père de deux enfants, l’une des spécificités de ce métier est de devoir accepter le fait que rien ne dure, que rien n’est jamais établi. On doit toujours se remettre en question. Ce métier, c’est aussi accepter un certain nombre d’incertitudes.

Un métier qui peut aussi être dangereux…

C’est une autre incertitude. Il ne faut pas oublier que travailler dans l’humanitaire, c’est un vrai métier, et pas le monde de Bisounours que les gens ont parfois à l’esprit. Nous faisons un vrai métier, avec ses contraintes, dans des conditions particulières, ce qui peut parfois nous exposer au danger. Comme bon nombre de mes collègues, on m’a tiré dessus, j’ai été blessé. Beaucoup d’humanitaires meurent chaque année en faisant ce métier.

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