Image tirée d'une video de propagande diffusée le 5 juillet 2014 par al-Furqan Media, montrant le dirigeant du groupe Etat islamiste, Abou Bakr al-Baghdadi dans une mosquée de Mossoul, après la proclamation d'un "califat" entre la Syrie et l'Irak
Image tirée d'une video de propagande diffusée le 5 juillet 2014 par al-Furqan Media, montrant le dirigeant du groupe Etat islamiste, Abou Bakr al-Baghdadi dans une mosquée de Mossoul, après la proclamation d'un "califat" entre la Syrie et l'Irak - - Al-Furqan Media

Docteur Ibrahim, Awwad Ibrahim, Abou Duaa, Al-Shabah (le fantôme), Abou Bakr al-Baghdadi, et enfin dernièrement Calife Ibrahim. Autant de noms pour désigner un seul et même homme: Ibrahim al-Badri al-Samarraï, le puissant leader de l'Etat islamique (EI).

Pourtant, malgré cette ribambelle de pseudonymes, ce n’est que le 29 juin dernier que le chef djihadiste de 43 ans a dévoilé son visage au monde entier, lorsqu’il a proclamé son «califat» sur l’Irak et la Syrie, dans un prêche depuis la grande mosquée de Mossoul, ville tombée au mains d'EI.

Du «Docteur» à Abou Duaa

Photo montage réalisé à partir de photos du ministère des Affaires étrangères américain diffusée le 12 juin 2014, montrant Abu Baqr al-Baghdadi, dirigeant de L'EEIL (Etat islamique en Irak et au Levant) - HO - HO/Ministère des AE américain/Ministère de l'Intérieur irakien

 

Auparavant, seulement deux photos -une en couleur du FBI américain, l’autre en noir et blanc du ministère irakien de l’Intérieur- permettraient d’identifier celui dont la tête est mise à prix 10 millions de dollars par les Etats-Unis depuis 2011. Jusqu’alors, peu d’informations sur lui avaient filtré. Né en 1971 à Samarra, au nord de la capitale irakienne, Ibrahim al-Badri al-Samarraï aurait étudié à l'université islamique de Bagdad dans les années 1990.

Selon une biographie diffusée par ses partisans, il serait un descendant du prophète Mahomet, un lignage prestigieux indispensable pour prétendre au titre de calife. Il aurait obtenu un doctorat d’études islamiques -d’où son titre de «docteur».

Il passe au djihad en 2003, après l'invasion américaine, et prend son premier nom de guerre, Abou Duaa, au sein d’un petit groupe armé -Jaiche al-Sunna wal Jamaa-, avant de rejoindre les rangs d’Al-Qaida en Mésopotamie, sous la houlette du Jordanien Abou Moussab al-Zarkaoui. Il est arrêté par les Américains à Falloujah en 2004, et passe cinq ans au camp de détention de Bucca, période au cours de laquelle il se radicalise un peu plus. Relâché en 2009 dans le cadre de  la libération de milliers de détenus avant le retrait américain, il multiplie les attentats meurtriers et exécutions publiques sanglantes au nom de la charia.

Le nouvel émir

Entre temps, Al-Zarkaoui a été tué dans un raid américain en 2006, et Abou Omar al-Baghdadi a pris sa succession à la tête de l’État islamique d’Irak, le nouveau nom d’Al-Qaida en Mésopotamie. Il est tué en avril 2010 près de Tikrit. Un mois plus tard, Abou Duaa est choisi pour lui succéder. Le nouvel «émir» prend un nouveau nom de guerre, Abou Bakr al-Baghdadi, référence au premier calife de l’islam, Abou Bakr al-Siddik, nom auquel il a accolé celui de sa ville d’origine, Bagdad.

Mais son organisation est très affaiblie. Al-Baghdadi opère alors un «retrait tactique», qui permet à l’organisation de se renforcer et d’accumuler un trésor de guerre grâce au rançonnage, au pillage des banques, mais aussi des biens des chrétiens et des chiites. Et en 2011, il refuse de faire allégeance à Al-Qaida et l'Égyptien Ayman al-Zawahiri, qui a pris la relève d’Oussama Ben Laden.

Offensive irakienne

Les «printemps arabes» rebattent les cartes dans la région. Vers la mi-2011, Al-Baghdadi dépêche des hommes en Syrie pour combattre le régime de Bachar al-Assad, mais aussi les opposants laïcs et le front al-Nosra, branche locale d’EIIL qui a prêté allégeance à Al-Qaida. Son groupe ajoute alors le «Levant» à son nom en 2013, et devient  l’État islamique en Irak et au Levant (dont l’acronyme est EIIL en français, Isis en anglais et «Daech» en arabe).

En marge de cette action en Syrie, Al-Baghdadi lance une vaste offensive en Irak. Parti de Fallouja en début d’année, il a fédéré nombre de combattants sunnites, et prend début juin le contrôle de Mossoul, puis de la province de Ninive et une partie de celle de Salaheddine, de larges portions de la région d'Al-Anbar et de la frontière avec la Syrie.

Des conquêtes qui lui permettent de mettre la main sur un trésor de guerre d’un demi-milliard de dollars, une quinzaine de puits de pétrole et qui font de l’État islamique «le groupe terroriste le plus puissant au monde, en terme d’armes et de financement». Et d’Abou Bakr al-Baghdadi, ou plutôt maintenant du Calife Ibrahim, le djihadiste le plus dangereux et le plus puissant au monde.

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