Une famille yazidie qui a fui la violence de son village de Sinjar en Irak, réfugiée dans une école au Kurdistan, le 5 août 2014
Une famille yazidie qui a fui la violence de son village de Sinjar en Irak, réfugiée dans une école au Kurdistan, le 5 août 2014 - Safin Hamed AFP

Longtemps méconnue, la communauté yézidie (ou yazidie) d’Irak est, ces derniers jours, la cible des djihadistes de l’Etat islamique (EI). La prise par l’EI le 4 août du Sinjar, le bastion de cette minorité non-musulmane, a poussé à la fuite jusqu’à 200.000 civils selon l’ONU. Barack Obama emploie le terme de «génocide» tandis que la Ligue arabe accuse ce lundi les rebelles d’EI en Irak de commettre des «crimes contre l’Humanité». 20 Minutes fait le point sur la situation de cette communauté séculaire.

Qui sont-ils?

Cette minorité religieuse plonge ses racines dans l’Iran ancien et compte des communautés en Irak, Russie, Géorgie, Arménie, Allemagne, Canada et Etats-Unis. Leur principal lieu de culte est le temple de Lalesh, dans le Kurdistan irakien. Ils croient en un roi terrestre à la figue de paon qui gouverne la terre avec l’aide de sept anges. En Irak, ils seraient environ 750.000, installés près de la région du Kurdistan autonome, leur berceau historique. Le droit des Yézidis de pratiquer leur culte est reconnu par la nouvelle Constitution irakienne et par la Constitution du Kurdistan fédéral. Ils sont représentés au Parlement et ont deux ministres dans le gouvernement.

Pourquoi sont-ils persécutés?

Pour les islamistes radicaux, ils sont des adorateurs du diable, ils sont donc régulièrement persécutés. Ainsi, en août 2007, ils avaient été la cible d’attentats aux camions piégés. «Plusieurs groupes minoritaires sont visés [par les djihadistes de EI] en plus des Yézidis comme les chrétiens, précise William Spindler, porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés à Paris interrogé par 20 Minutes. Ils sont considérés comme infidèles».

Quelle est leur situation?

Depuis la prise par EI de Sinjar, les Yézidis dont des femmes, des enfants et des personnes âgées s’abritent dans le mont éponyme sur une soixantaine de kilomètres de long, dans le nord-ouest de l’Irak. Car, selon le ministre Irakien des Droits de l’homme ce dimanche, au moins 500 yézidis auraient été tués par l’EI lors de la prise du Sinjar par EI. Certains auraient été enterrés vivants et 300 femmes enlevées pour en faire des esclaves. «Dès leur entrée dans la région, ces tueurs [EI] se sont livrés aux pires atrocités, exécutant cet ordre simple: massacrer les yézidis, car étant considérés comme polythéistes, ils doivent, selon eux, être abattus comme du bétail. Des témoins qui ont fui Sinjar à temps racontent des piles de cadavres dans les rues, des enlèvements de masse, des viols systématiques», dénoncent aussi Gérard Chaliand (Géopoliticien), Bernard Kouchner (ancien ministre des Affaires étrangères) et Frédéric Tissot (médecin) dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 8 août.

Quelle peut être est l’issue?

Leur situation est délicate: la majorité d’entre eux tentent de passer en Syrie, dans la région kurde, où ils espèrent se réfugier. Mais c’est un très long trajet depuis Sinjar. Et les aides reçues par voie aérienne ne seraient pas suffisantes. D’autant que, par exemple, les packs d’eau largués éclatent au contact du sol. Donatella Rovera, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise, à Dohuk dans le Kurdistan irakien, estime «qu’il y a eu quelques descentes aériennes, un peu de nourriture, un peu d’eau, mais pas grand-chose par rapport au nombre de gens déplacés qui sont dans le besoin, dans la montagne». «Il s’agit d’une crise humanitaire et la communauté internationale doit venir en aide», affirme William Spindler.

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