Une colonne de blindés israéliens longent la frontière entre la bande de Gaza et Israël, le 5 août 2014, après avoir quitté l'enclave palestinienne
Une colonne de blindés israéliens longent la frontière entre la bande de Gaza et Israël, le 5 août 2014, après avoir quitté l'enclave palestinienne - Thomas Coex AFP

Les armes restaient muettes ce mercredi à Gaza, à l'aube du deuxième jour d'un cessez-le-feu qu'Israéliens et Palestiniens devaient essayer de consolider lors de discussions au Caire. La trêve, obtenue avec les médiations égyptienne et américaine, est entrée en vigueur mardi matin, a priori pour 72 heures. Des discussions doivent à présent s'ouvrir pour une paix plus durable entre des belligérants aux exigences diamétralement opposées.

La délégation israélienne est arrivée mardi soir au Caire, tandis que les représentants du Hamas, du Jihad islamique et du Fatah dans la bande de Gaza rejoignaient la délégation palestinienne déjà présente dans la capitale égyptienne. A Gaza, la nuit a été marquée par un silence devenu inhabituel.

Le territoire dévasté semblait n'avoir encore jamais connu autant de calme depuis le début le 8 juillet de cette guerre qui a fait, selon le ministère palestinien de la Santé 1.875 morts, dont 430 enfants et adolescents et 243 femmes. Côté israélien, 64 soldats et trois civils ont péri. Toutes les trêves précédentes ont volé en éclats, mais l'annonce par l'armée israélienne de la sortie de «toutes» ses forces de l'enclave palestinienne devrait favoriser le respect de celle-ci, même si l'armée a pris soin de préciser qu'elle riposterait «à toute attaque».

4 à 6 milliards de dollars de dégâts

A la faveur de l'accalmie, les secours ont pu accéder à des zones bloquées par les combats, où ils commençaient à découvrir de nouveaux corps, alourdissant un bilan humain déjà exorbitant. En voitures ou en charettes tirées par des ânes, des milliers de Palestiniens sont retournés chez eux, pour voir si leur maison était toujours debout. Après celui des bombes, ils ont accusé le choc de la dévastation.

Dans le secteur de Beit Hanoun (nord), Rafat al-Masri, père de cinq enfants, n'a retrouvé que des ruines. «J'ai travaillé 40 ans pour cette maison. Elle est complètement détruite. Il ne reste rien.» La guerre a causé entre 4 et 6 milliards de dollars de dégâts directs, mais l'addition pourrait être bien plus salée, selon le vice-ministre palestinien de l'Economie Tayssir Amro.

Après les frappes aériennes déclenchées le 8 juillet, les forces terrestres israéliennes sont entrées le 17 juillet dans le territoire surpeuplé pour faire cesser les tirs de roquettes du mouvement islamiste Hamas, au pouvoir à Gaza, sur Israël et démanteler le réseau de souterrains permettant aux Palestiniens de mener des incursions en Israël.

La police israélienne a pour sa part annoncé mardi l'arrestation il y a un mois en Cisjordanie du Palestinien Hossam Kawasmeh présenté comme le « cerveau » de l'enlèvement et du meurtre de trois jeunes Israéliens en juin. Le gouvernement israélien avait accusé le Hamas d'être derrière ce meurtre et trois extrémistes juifs avaient ensuite, cherchant à venger ces morts, enlevé et tué un adolescent palestinien à Jérusalem, un cycle de violence qui avait contribué à l'escalade de tension entre Israël et le Hamas.

Une trêve durable?

L'hécatombe à Gaza a suscité l'émoi international et des appels de plus en plus pressants à un cessez-le-feu provisoire permettant de négocier une trêve plus durable. Israël et le Hamas ont fini par accepter lundi soir la proposition de trêve du Caire, habituel médiateur des conflits entre ses deux voisins. «De plus amples négociations» doivent à présent avoir lieu, a annoncé un responsable égyptien. Mais la plus grande défiance reste de mise de part et d'autre.

Le cabinet de sécurité israélien s'est réuni mardi soir pendant près de six heures, selon les médias, pour évoquer les négociations en cours en vue d'une trêve durable. Pour l'instant, l'accord de cessez-le-feu «ne prévoit que le retour au calme», a rappelé Yigal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Le ministre du Renseignement Yuval Steinitz s'est dit «sceptique», accusant le Hamas d'avoir «déjà violé six trêves antérieures».

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, saluant la trêve, a pressé les belligérants de la respecter. Le Hamas réclame pour cela la levée du blocus israélien qui étouffe l'économie d'un territoire de 41 kilomètres de long sur 12 de large au maximum, sur lequel s'entassent 1,8 million de personnes, pour moitié des mineurs.

Exigences

La délégation palestinienne s'était entendue dimanche au Caire sur une série d'autres exigences: ouverture des points de passage aux frontières, élargissement de la zone de pêche autorisée à 12 miles nautiques et libération de prisonniers palestiniens. Israël martèle pour sa part son impératif de sécurité. Et une récente exigence s'annonce comme un obstacle considérable: que la reconstruction de la bande de Gaza soit liée à sa démilitarisation.

Les Etats-Unis ont indiqué mardi qu'ils participeraient «probablement» aux négociations entre Israéliens et Palestiniens au Caire, le secrétaire d'Etat John Kerry appelant à aborder à cette occasion «les questions cruciales à plus long terme». «Comment allons-nous éliminer ces roquettes, comment allons-nous démilitariser (la bande de Gaza) et comment avancer vers un avenir meilleur», a plaidé le chef de la diplomatie américaine, dans un entretien accordé à la BBC World News appelant Israéliens et Palestiniens à se rasseoir à cette occasion à la table des négociations pour «essayer de résoudre la question des deux Etats» israélien et palestinien.

A Londres, des députés ont appelé le gouvernement à accentuer la pression sur Israël pour lever certaines restrictions de circulation imposées aux habitants de Gaza qualifiées de «disproportionnées» et contraires au droit international, dans un rapport publié ce mercredi, soit au lendemain de la démission surprise de la secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères, Sayeeda Warsi, disant ne plus pouvoir «soutenir la politique du gouvernement sur Gaza» qu'elle a qualifiée de «moralement indéfendable».

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