Au Liberia, un infirmier lit les recommandations concernant les précautions à prendre pour lutter contre le virus Ebola, le 30 juillet 2014
Au Liberia, un infirmier lit les recommandations concernant les précautions à prendre pour lutter contre le virus Ebola, le 30 juillet 2014 - - AFP

Il s’agit de loin de la plus grave épidémie d’Ebola. Et ce, en près de 40 ans d’histoire de la maladie. Selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), elle a fait 887 morts sur 1.603 cas (confirmés, suspects ou probables): 358 en Guinée, 255 au Liberia, 273 en Sierra Leone et un au Nigeria.

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Vous avez voulu comprendre ce virus, la contamination et les mesures prises pour éviter un risque d’importation en Europe, Sylvain Baize de l’Institut Pasteur vous a répondu.

Michel: De quand date la première apparition du virus Ebola?

Le virus est apparu en 1976 dans le Nord du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) à la limite avec le Soudan. Et au fur et mesure, cette fièvre a touché les pays de la région comme le Gabon, la Guinée ou encore l’Ouganda. Nous ne connaissons pas précisément son origine mais la thèse la plus probable est celle d’un virus véhiculé par les chauves-souris contaminant les hommes et les grands singes.

Magali: Comment ce virus a-t-il disparu et comment se fait-il qu’il réapparaisse aujourd’hui?

Le virus Ebola n’a jamais disparu. En fait, il apparaît et réapparaît à différentes fréquences, car il est toujours présent dans la nature, dans les forêts et se transmet donc aux hommes et aux grands singes. Au début, il était très principalement présent en Afrique centrale et dans la forêt guinéenne mais maintenant le virus touche l’Afrique de l’Ouest. Mais nous ne nous pouvons pas expliquer ce phénomène.

Aurélie: Comment la contamination a réellement lieu? Il faut être en contact avec le sang ou autres substances rejetées par le corps mais qu’en est-il des postillons par exemple?

Effectivement la salive d’une personne malade a un potentiel de contamination. C’est le même principe que les autres fluides biologiques infectés: sang, diarrhée, vomissement. La transmission se fait par un contact direct avec une personne atteinte du virus.

Aurélie: A part la famille proche du malade et le corps médical qui le soigne, il y a peu de chances que d’autres personnes aient ce genre de contacts?

Lors de ce type épidémie, il y a principalement transmission dans un contexte de soin à l’hôpital ou familiale, avec par exemple la participation à des funérailles. Dans 95% des cas, la chance de contracter Ebola se fait avec un proche car il doit y avoir un contact direct. C’est donc quasiment impossible de l’attraper dans l’avion avec son voisin ou dans le métro.

Jean-Yves: La contamination est-elle plus ou moins importante que la grippe?

Ce n’est pas le même mode d’infection. En fait, nous avons plus de chances d’attraper la grippe. Quand une personne atteinte de la grippe tousse ou éternue dans le métro, elle contamine 3 ou 4 personnes d’un coup. La grippe se transmet par voie respiratoire, ce qui n’est pas le cas d’Ebola qui ne se transmet que par le contact et non par l’air.

Mathieu: Y a-t-il un risque d’importation du virus Ebola en France?

L’importation du virus en Europe et France est théoriquement possible mais le risque est faible. Il y a beaucoup de vigilance, des protocoles de santé et des contrôles dans les aéroports avec une prise en charge très rapide pour des personnes qui présenteraient les premiers symptômes. De plus, les foyers épidémiques se situent principalement dans des zones rurales et forestières assez reculées. Enfin, si ça devait arriver, la période d’incubation est très courte (une semaine en moyenne) donc la probabilité qu’une personne prenne l’avion à ce moment-là reste très faible. Et une fois malade, il n’est plus possible de bouger.

Aline: Quelles sont les véritables mesures de protection mises en place aux frontières?

Si une personne revient d’un des pays concernés avec les premiers symptômes, elle sera prise en charge dès l’aéroport. Elle sera soumise à un interrogatoire, notamment sur les conditions de son voyage (aide dans un centre hospitalier, participation à des funérailles), le médecin préviendra les autorités de santé et la personne sera isolée durant 12 heures, le temps que les prélèvements soient analysés. C’est exactement le même principe quand la personne ira voir son médecin après avoir déclaré les premiers symptômes une fois chez elle.

Magalie: Comment les personnes parties retrouver leur famille pendant les congés, sont-elles certaines de ne pas avoir contracté la maladie?

Les précautions sont nombreuses. Après, il faut suivre les règles d’hygiène de base, se laver régulièrement les mains et éviter d’être en contact avec des malades et les hôpitaux.

Elisabeth: Quels sont les risques à rapatrier des patients atteints de cette maladie, et quelles sont les mesures de précautions à prendre pour le faire en toute sécurité?

Il faut se protéger intégralement face à un malade. Il ne doit y avoir aucun centimètre de peau apparent. Il faut également faire très attention avec les habits de protection car il est possible d’être infecté en les manipulant plus tard.

Max: Il n’existe pas de vaccins. Mais comment et pourquoi on peut s’en sortir?

Le taux de mortalité du virus Ebola est de 40 à 90%. Le virus est le même pour tout le monde mais la réponse du corps et principalement du système immunitaire varie en fonction du patient. Il est donc possible de ne pas succomber. En revanche, nous ne savons pas ce qui est l’origine de cette différence de réactions.

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