Quatre ans de prison pour un blogueur, «une honte pour Moubarak»

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Publié le 22 février 2007.

INTERVIEW - Un responsable de Reporters sans frontières revient sur la condamnation d’un blogueur égyptien…

Abdel Souleimane, 22 ans, plus connu sous son pseudonyme «Karim Amer», est devenu jeudi le premier blogueur égyptien condamné à de la prison ferme (trois ans pour «insulte envers l’Islam» et un an pour «atteinte au président»). «Une honte», pour Julien Pain, responsable du bureau Internet et liberté de Reporters sans frontières.

«Karim Amer» condamné à quatre ans de prison. Quel est votre premier sentiment?

C’est une honte pour la justice égyptienne. Une insulte faite à tous les pays qui soutiennent le régime du président Moubarak. Nous demandons à tous les diplomates en poste au Caire et à tous les pays qui soutiennent l’Egypte de dénoncer très fermement cette décision. Demain, cela fera trois ans tout juste qu’Hosni Moubarak s’était engagé à mettre fin à la possibilité de prononcer des peines de prison dans les délits de presse et d’opinion. Il bafoue une nouvelle fois sa promesse.

Après s’en être pris à la presse, il s’attaque donc à la blogosphère?
En Egypte, la presse est soit sous contrôle, soit sous pression. Mais un vent de liberté s’est mis à souffler grâce aux blogs. C’est eux qui ont dénoncé toutes les dernières grosses affaires de corruption, d’atteinte aux droits de l’homme, en sortant des vidéos, des rapports sur des actes de torture…

«Karim Amer» est le premier à être condamné. Pourquoi lui?
Car c’est une cible facile. Il est virulent contre la religion. En le condamnant à trois ans de prison pour «insulte à l’Islam», la justice s’assure que l’opinion publique égyptienne ne se mobilisera pas à masse. Sans compter que le jeu politique est complexe dans le pays: Moubarak montre ici aux mouvements islamistes sa fermeté. Mais le message adressé à tous les bloggeurs, c’est «Voyez ce qui arrive à ceux qui critiquent le régime».

La blogosphère égyptienne va-t-elle résister?

Les blogueurs les plus engagés, les plus véhéments, comme Alaa Abdel Fatah, certainement. Même avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête. En revanche, tous ceux d’un deuxième cercle, qui ne faisaient que répercuter ce que dénonçaient un petit noyau dur, risquent d’avoir peur. Et c’était grâce à eux que les ondes de choc se propageaient avec une telle force.

En 2009, le Forum sur la gouvernance de l’Internet doit se tenir en Egypte…
Nous allons solliciter l’Onu pour que l’IGF (Internet Governance Forum) n'ait pas lieu en Egypte. Un pays classé par RSF parmi les «13 ennemis de l’Internet».


En photo (AFP): le blogueur égyptien «Karim Amer»
Propos recueillis par Philippe Berry
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