Le siège de LinkedIn à Mountain View, en Californie, le 8 mai 2014.
Le siège de LinkedIn à Mountain View, en Californie, le 8 mai 2014. - Marcio Jose Sanchez/AP/SIPA

Silence électronique sur la répression de la place Tiananmen pour les utilisateurs de LinkedIn en Chine. Et même pour leurs contacts à l’étranger. Le réseau social professionnel, qui a lancé une version en mandarin de son site au mois de février, avait déjà prévenu à ce moment-là qu’il censurerait les contenus jugés «sensibles» par les autorités de Pékin. Il n’en déclenche pas moins une vague de protestations à l’approche du 25e anniversaire du «printemps de Pékin».

En février, LinkedIn avait dit vouloir séduire 140 millions d’utilisateurs en Chine, où il disposait déjà de quatre millions d’inscrits, via sa version anglaise et une application mobile en chinois. «Nous nous attendons à recevoir des demandes pour filtrer notre contenu», déclarait alors Jeff Weiner, le PDG de l’entreprise, au Wall Street Journal. «Nous soutenons fermement la liberté d’expression et nous sommes opposés à la censure, mais [censurer] sera nécessaire pour atteindre la taille du service que nous voulons offrir à nos membres.»

«Protéger la vie privée et la sécurité des membres»

Même si l’annonce n’avait pas fait grand bruit à l’époque, les utilisateurs ont peu goûté la disparition de tous les posts liés à l’anniversaire de Tiananmen. Ceux qui en ont publié ont reçu un avertissement les prévenant que leurs messages ne seraient pas visibles par les autres membres car ils contenaient «du contenu interdit en Chine». «Je n’ai même pas exprimé d’opinion!», s’indigne Helen Couchman dans le Guardian. L’artiste, qui vit en Chine, avait partagé des articles sur l’arrestation de Guo Jian, un artiste sino-australien détenu par la police depuis mercredi.

Le site bloque l’accès à ces contenus «sensibles» publiés dans le pays non seulement aux internautes qui se trouvent en Chine, mais au reste du monde, allant au-delà des exigences de Pékin. Une mesure destinée à «protéger la vie privée et la sécurité des membres» qui les postent, selon Roger Pua, le directeur des communications professionnelles Asie-Pacifique chez LinkedIn.

Le site, qui est l’un des rares réseaux sociaux à ne pas être bloqué en Chine, assure que LinkedIn étant «par nature un réseau professionnel peu enclin à des conversations de nature politique», l’impact de cette mesure sera «très, très limité». Tous les utilisateurs ne partagent cependant pas cet avis: pour Shaun Rein, qui dirige le cabinet de consultants China Market Research Group, «LinkedIn se méprend fondamentalement sur son rôle, non seulement de réseau professionnel, mais aussi de lieu où les gens montrent leurs connaissances et échangent des idées pour se "vendre" professionnellement».

 

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