INTERVIEW - Barthélémy Courmont, chercheur à l'Iris, revient sur l'engagement du pays de «désactiver» son programme nucléaire...
Barthélémy Courmont, chercheur, responsable du bureau de l’
Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) à Taïwan revient sur l'acceptation de la Corée du nord de désactiver son programme nucléaire.
Pourquoi l’engagement de la Corée du Nord de «désactiver» son programme nucléaire est-il accueilli avec une telle prudence?
Il y a un précédent. L’accord de septembre 2005, largement repris par ce nouvel accord, avait été suivi d’une nette dégradation des relations entre Pyongyang et la communauté internationale. On peut donc très bien imaginer que la Corée du Nord revienne de nouveau sur ses engagements, d’ici quelques mois. Chaque crise lui rapporte un peu plus que la précédente.
Pyongyang agite donc la menace d’un essai nucléaire pour obtenir ce qu’elle souhaite?
C’est clairement un moyen de marchander pour un Etat qui n’a pas les moyens de subvenir aux besoins de sa population. En acceptant d’arrêter son programme nucléaire mais non de le démanteler, la Corée du Nord obtient 1 million de tonnes de fioul par an et 1 million de kilowatts d’électricité ainsi que des engagements de Washington sur sa sécurité. Au cours de ces négociations, les Etats-Unis sont allés beaucoup plus loin qu’en septembre 2005.
Pour quelles raisons?
Les Etats-Unis étaient sous pression. Le Japon et la Corée du Sud, directement menacés par les velléités nucléaires de Pyongyang commençaient à s’impatienter.
Cet accord est aussi une vraie victoire pour Pékin?
C’est une grande victoire. Et la preuve qu’aujourd’hui, on ne peut rien faire dans l’Asie du Sud-Est sans l’aval de la Chine.
En photo, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Wu DaWei entre le vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères Kim Kye Gwan et le négociateur américain Christopher Hill le 13 février 2007 à Pékin à l'issue des pourparlers sur le nucléaire nord-coréen.
Propos recueillis par Armelle Le Goff