REPORTAGE – Deux bus ont explosé, mardi matin dans les régions chrétiennes au nord de Beyrouth…
«Ça ne s’arrêtera jamais!, s’indigne Ziad, un jeune père de famille de Beyrouth. J’aurais pu être sur cette route quand les bombes ont sauté.» Mardi matin à 9h15, en pleine heure de pointe sur la route reliant Bikfaya au bord de mer (à 15km au nord de Beyrouth), deux bombes ont explosé à une minute d’intervalle dans des bus. Selon les sources, ce double attentat a fait entre 3 et 12 morts, et plus d’une trentaine de blessés.
Zone chrétienne
«C’est encore dans une zone chrétienne que ça se passe, comme en 2005», note Rita, une habitante la région, faisant référence à la douzaine d’attentats à la voiture piégée qui a suivi l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005.
L’attentat de mardi a eu lieu à Aïn Alak, à moins de 2km de Bikfaya, le fief de l’ancien président Amine Gemayel, et père de Pierre, le ministre de l’Industrie assassiné le 21 novembre dernier.
Les deux bus visés appartenaient à des particuliers, venant du village de Bteghrine, plus haut dans la montagne. «Quand le premier a sauté, raconte un témoin, tous ceux qui étaient à proximité se sont précipités pour voir. Et là, le minibus qui suivait a lui aussi explosé après que son chauffeur en soit descendu.» Sur place, dans les premières minutes, c’est la confusion la plus totale.
Carcasse éventrée, corps mutilés
Les sauveteurs ont beaucoup de mal a travaillé, la météo ne les aidant pas. «Il pleuvait tellement que je n’ai même pas entendu les explosions», raconte un habitant du village, qui a appris la nouvelle par la télévision.
Des carcasses éventrées des bus, les membres de la Défense civile ont d’abord extrait trois corps mutilés. Puis le bilan s’est vite alourdi. Les trombes d’eau se sont arrêtées, et les secouristes ont pu évacuer les blessés vers trois hôpitaux de la région.
Condamnation de la classe politique
Dans la classe politique libanaise, très divisée depuis le 1er décembre et le bras-de-fer entre l’opposition et le gouvernement de Fouad Siniora, c’est l’union sacrée.
La ministre des Affaires sociales, Nayla Moawad, est directement montée au créneau, dénonçant «une nouvelle tentative de replonger le Liban et tous les Libanais dans le sang», faisant clairement allusion à la Syrie déjà pointée du doigt dans la vague d’attentats de 2005.
Amine Gemayel, à la radio, a lui aussi accusé «une main étrangère, car les Libanais ne tuent pas d’autres Libanais ». Ibrahim Kanaan, un député de l’opposition proche du général chrétien Michel Aoun, s’est pour sa part rendu sur les lieux: «Le Liban tout entier a été pris pour cible aujourd’hui. Nous ne pouvons faire face que dans l’unité. Nous appelons les autorités à tout faire pour prévenir ce genre d’actes».
Tensions politiques
Si les deux camps affichent une indignation de circonstance, nul doute que ce nouvel attentat, prenant pour cible des civils, va attiser les tensions entre opposition et majorité. Cette dernière se prépare depuis deux jours à commémorer le second anniversaire de l’attentat ayant coûté la vie à Rafic Hariri en plein Beyrouth.
Un grand rassemblement est prévu mercredi sur la place des Martyrs, dont une moitié est occupée par le sit-in du courant du chrétien Michel Aoun, allié du Hezbollah chiite. Autant dire que la manifestation s’annonce houleuse.
A Beyrouth, de notre correspondant David Hury