Japon: Comment arrêter dans son élan le smartphone en marchant

JAPON En 2012, 18 personnes sont tombées d'un quai de gare parce qu'elles pianotaient en marchant...

Mathias Cena

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Un homme regarde l'écran de son smartphone, devant un affichage géant avertissant des dangers du smartphone en marchant.

Un homme regarde l'écran de son smartphone, devant un affichage géant avertissant des dangers du smartphone en marchant. — DR

Ecrire un e-mail en marchant, c’est tellement pratique… mais tellement risqué. Alors que les accidents sont en augmentation dans le monde entier, le Japon, qui a donné un petit nom au phénomène, «aruki-sumaho» (marcher+smartphone), commence à prendre la mesure du phénomène.

Selon les pompiers de Tokyo, des ambulances ont été appelées 36 fois en 2013 pour des accidents causés par l’utilisation du smartphone en marchant, 56% de plus qu’en 2010. Si le nombre peut paraître relativement faible au regard du nombre total d’accidents, il met en lumière une pratique dangereuse: dans les gares, 18 personnes sont tombées du quai dans des gares en 2012 parce qu’elles marchaient en utilisant leur téléphone mobile, contre 11 l’année précédente selon le ministère des Transports.

Une application qui bloque le téléphone quand on marche

Les chiffres ne rendent pas compte non plus de l’exaspération des passants et des voyageurs qui doivent slalomer entre ces zombies du smartphone sur les quais encombrés et dans les couloirs bondés des gares. Katsumi Tokuda, un professeur à l’université de Tsukuba, près de Tokyo, appelle les auteurs de aruki-sumaho des «armes ambulantes», et estime que les établissements d’enseignement devraient sensibiliser leurs élèves aux dangers que pose l’utilisation du téléphone en marchant.

«Regarder son smartphone en marchant, c’est dangereux (mais bon, les gens concernés ne voient pas ce message de toute façon)», dit cet avertissement/publicité géant, installé dans des escaliers de la gare de Shinjuku à Tokyo par l’opérateur de téléphonie Docomo.

Les opérateurs téléphoniques, qui veulent montrer une image citoyenne, se saisissent du problème: après Docomo, le plus gros des trois opérateurs, qui avait montré en avril ce qui pourrait arriver si 1.500 personnes traversaient la rue en envoyant des textos, Softbank, le deuxième opérateur, dégaine à présent une application pour lutter contre le phénomène.

Appelée «STOP aruki sumaho», elle utilise l’accéléromètre du smartphone pour détecter si l’utilisateur est en mouvement, et lui envoie alors un premier avertissement, un bandeau jaune en haut de l’écran. Si le mouvement continue, au bout de quelques pas l’application barre l’écran d’un grand panneau rouge et bloque le téléphone. «Nous espérons que cela sensibilisera les utilisateurs à ce problème et que cela les incitera à se servir de leur téléphone de manière sûre», explique un porte-parole de Softbank.

L’application peut être un bon remède pour les utilisateurs compulsifs de smartphones, mais elle dépend surtout de la volonté de l’utilisateur de l’installer. Une philosophie différente de celle d’Apple: la marque à la pomme a déposé un brevet pour un système de «transparent texting», qui se sert de la caméra de l’appareil pour montrer à l’utilisateur ce que lui cache son écran.

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