Journalistes français otages en Syrie: Que sait-on de leur libération?

10 contributions
Publié le 19 avril 2014.

MONDE - Retenus en Syrie depuis dix mois, les quatre Français ont été libérés samedi et arriveront en France dimanche matin «entre 8h et 9h»..

Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin, et Pierre Torrès sont «libres» et «en bonne santé en dépit des conditions très éprouvantes de leur captivité». La nouvelle a été confirmée ce samedi matin dans un communiqué par François Hollande. Après dix mois de captivité, cette libération est un «immense soulagement» pour les autorités et les proches des journalistes français. Mais elle n’était pas totalement inattendue. Explications.

>> Libération des quatre otages français en Syrie:  Revivez les événements de la journée

Les familles informées d'une «fenêtre de tir» pour les négocations

Didier François, 53 ans, grand reporter à Europe 1, et le photographe Edouard Elias, 23 ans, avaient été enlevés au nord d’Alep le 6 juin 2013. Nicolas Hénin, 37 ans, reporter à l’hebdomadaire Le Point, et Pierre Torrès, 29 ans, photographe indépendant, avaient été enlevés le 22 juin à Raqqa. Ils étaient tous les quatre aux mains de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le plus radical des groupes jihadistes en Syrie, qui détenait également plusieurs journalistes européens libérés ces derniers mois.

Leurs proches avaient reçu ces derniers temps des nouvelles des otages et savaient que des négociations avançaient. «Nous savions qu’après la libération des journalistes espagnols (en mars), nous étions en bonne voie et que les négociations se passaient bien», a commenté samedi Karen Lajon, porte-parole du Comité de soutien Otages en Syrie.

«On nous avait dit depuis quelques jours qu’il y avait une fenêtre de tir, que peut-être ils pourraient passer Pâques en famille, mais on avait appris à être prudents», a précisé Fabien Namias, directeur général d’Europe 1. «Depuis quelque temps on avait des nouvelles régulières toutes les trois semaines sur le fait qu’ils étaient détenus ensemble, pas isolés, et qu’ils n’avaient pas subi de trop mauvais traitements».

«Les familles avaient «connaissance de contacts» ces derniers temps «dont on espérait qu’ils seraient fructueux, mais les choses ont été compliquées jusqu’au dernier moment», a expliqué Pierre-Yves Hénin, le père de Nicolas Hénin.

Une version officielle turque mise en doute

Officiellement, les quatre hommes enlevés en juin dernier alors qu’ils couvraient le conflit syrien ont été retrouvés ce samedi matin  par des soldats turcs à la frontière avec la Syrie, ligotés, cheveux longs et les yeux bandés, a rapporté l’agence Dogan. Ils ont été abandonnés là par des inconnus dans la nuit de vendredi à samedi dans le no man’s land séparant les deux pays, près de la petite ville turque d’Akçakale (sud-est), selon l’agence.

Ils ont ensuite été découverts par une patrouille de l’armée turque qui, dans un premier temps, a cru être en présence de contrebandiers. Après avoir remarqué que les hommes parlaient français, les soldats les ont conduits à un poste de police d’Akçakale.

Une version mise en cause par certains spécialistes qui évoquent une «opération millimétrée» menée par les services de renseignement français (DGSE) en coopération avec les autorités turques et réalisée à la faveur d’un changement de stratégie de EILL, affaibli sur le terrain par une série de revers militaires.

Interviewé samedi soir en exclusivité sur France 24, l'ex-otage Nicolas Hénin a également démenti la version officielle turque: «Je suis heureux de vous expliquer que tout est complètement faux. Nous avons été dirigés par nos ravisseurs vers une position de l’armée turque qui nous a pris en charge», a raconté le journaliste qui assure avoir avoir franchi la frontière «avec la tête découverte et les mains dans les poches».

Des conditions de détention rudes mais «pas de maltraitances»

Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, sont «libres» et «en bonne santé en dépit des conditions très éprouvantes de leur captivité» a noté le Président de la république dans son communiqué.

«On savait qu’ils allaient bien, qu’ils étaient plusieurs dans une même cellule, que leur santé avait l’air d’aller, qu’ils avaient le droit d’aller aux toilettes deux fois par jour, et qu’il n’y avait pas de maltraitances», a aussi raconté Karen Lajon, porte-parole du Comité de soutien Otages en Syrie.

Selon les experts, les quatre français auraient été détenus avec les autres journalistes européens dans la même ville et la même maison. Une information que les ex-otages ne dévoileront pas par souci de sécurité.

Filmés par les télévisions turques, les quatre journalistes, cheveux longs et barbus, sont tous apparus souriant et en bonne santé, en train d’entrer et de sortir d’un commissariat turc dans la nuit.

«Nous sommes très heureux d’être libres. C’est un bonheur de pouvoir voir le ciel, de marcher et de parler librement», a réagi Didier François, auprès de l’agence turque Dogan, affichant un sourire rayonnant et portant une longue barbe.

«LIBRES!!!! Un immense merci à tous. Très ému de vos messages. Impatient de vous revoir. Je suis fou de joie de retrouver ma famille si géniale...», a écrit Nicolas Hénin sur sa page Facebook un peu plus tard samedi.

Rançon ou pas?

Comme à chaque libération d’otage, la question reste ouverte. Officiellement, la «doctrine française» qui consiste à ne pas verser de rançon a été respectée: interrogé sur BFM TV Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, a insisté sur le travail des autorités turques et françaises. Selon lui, il n’y a «pas eu de rançon» mais des «négociations».

«La France a pour règle de toujours ramener ses journalistes pris en otage, et cette fois encore, pour ces quatre journalistes dont trois pigistes, il n’y a pas eu d’exception», s’est félicité samedi Serge July, coprésident du Comité de soutien.

Le retour des ex-otages sur le sol français a été annoncé par le chef de l’Etat lui-même: il les accueillera à l'aéroport militaire de Villacoublay, en région parisienne, avec leurs familles ce dimanche matin «entre 8h et 9h.»

* Claire Planchard

 
publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr